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Les Amertumes

Art poétique

18 Décembre 2011 , Rédigé par Darius Hyperion Publié dans #Sizains

Toute réminiscence des arts poétiques de
Horace, du Bellay, Boileau, Hugo, Gautier, Banville, Verlaine, Aragon, Ferré
voulue et assumée.

 

À qui voudrait tenter sa Chance,
Je donne ma Leçon d'Errance :
Ici, nul Poète saigné,
Nul Sabre au Clair Porteur de Lyre,
Nul Amant de Muse imprégné
De son sempiternel Délire ;
 
Mais voici l'Esclave du Vers
Contraint par son Rythme pervers ;
Pleure, Toi qui te pensais Maître,
Ta Phrase s'encourt et s'enfuit,
Elle ne viendra se soumettre
Que si ta Plume la poursuit.
 
Faudrait-il, pour que je la voie
Sur Ordre accourir par la Voie
Qui la couche sur le Papier,
Comme une Chienne toujours prête,
Briser dans un Sabot son Pied,
Pauvre Cendrillon d'Opérette ?
 
Que le Mot te soit Souverain
Et la Langue un Tyran sans Frein.
Sans Pitié pour un Vers trop souple,
Sois plus féroce qu'un grand Chat
Envers celui qui mène au Couple
Une Rime comme un Crachat.
 
Chérir le Fond, mais dans la Forme,
Cueillir l'Idée, avec la Norme,
Dans la Mesure d'un Ronsard,
D'un Hugo, même d'un Verlaine ;
Que chaque Syllabe avec Art
Charme l'Oreille à perdre Haleine.
 
« Elle est vieille et bave ses Dents,
Ta Muse » disent les Ardents
Du Vers boîteux qui se croit libre.
Ô vous qui cherchez le Nouveau
Dans l'Aphte en vous branlant le Chibre,
La Beauté miroite au Cerveau.
 
Le Cœur est l'innocente Excuse
À la Bêtise qui vous fuse ;
Vingt fois lissez et polissez
Vos éprouvantes Logorrhées,
Et ne soyez jamais assez
Durs pour vos Fautes « inspirées ».
 
Par qui, par quoi, quel Esprit gourd,
Par quel Dieu fainéant et sourd,
Ces Élucubrations verbeuses,
Sans Ponctuation, sans Efforts,
Qui vont sous les Plaines herbeuses
Retourner les Poètes morts ?
 
La Muse nue est un Squelette,
Une vulgaire Pipelette
Qui se vend au premier Venu :
Poésie, un Mot qui boursoufle !
Lecteur, ne sois pas ingénu :
Donne-lui du Corps et du Souffle.
 
Tourne ses Hanches, et ses Seins,
Chantourne-les à tes Desseins ;
Peaufine sa Chair ferme et douce ;
Un frais Parfum de Nénuphar
Pour son Cou ; pour ses Yeux de Rousse
Formule et prépare le Fard.
 
La Muse n'est habituée
À s'élever dans la Nuée
Qu'en fines Robes de Satin ;
Offre, pour un Sourire d'elle,
Offre à la lyrique Putain
Le Corset qui la rendra belle :
 
De la Musique, et puis du Son
Voltigeant au Cheval d'Arçon ;
Comme une Abeille en son Royaume
Qu'elle danse et vibre dans l'Air,
Mais dans le Respect de l'Idiome !
Folle, que ton Verbe soit clair !
 
Grammaire, Orthographe et Syntaxe,
Qu'elles te restent comme un Axe,
Comme des Guides dans ton Poing,
De l'Ouverture Majuscule
Jusqu'au Final du dernier Point,
Par les Soupirs de la Virgule.
 
Quels Poumons peuvent proférer
Ces Tirades sans respirer ?
Ne donne à ta charmante Idiote
Ni ces Adjectifs sirupeux,
Ni cette Tournure vieillotte
Que prisent les Pédants pompeux,
 
Mais la Langue simple et vivante,
Ni libertine, ni savante,
Que dit la Maîtresse à l'Amant :
Quelques Mots au creux de l'Oreille
Qui disent tout un Sentiment,
Et c'est le Cœur qui s'émerveille !
 
La Tête saine et le Corps sain,
Voilà, j'ai fini le Dessin
D'une très raisonnable Muse ;
Mais j'avoue avoir emprunté
Quelques Traits, et cela m'amuse,
À la Voisine d'à Côté.
 

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Jules 18/01/2017 20:22

Et monsieur Enkidu,
IL est bien votre message, c'est vrai vous avez l'air vachement intelligent et ce que vous dites est très intéressant et sûrement très vrai, même si je dois avouer, inculte que je suis, ne pas tout comprendre. Je pense sincèrement que Darius devrait être flatté qu'un monsieur d'une telle culture aie pris tant de temps pour lui écrire même si vos doux mots mielleux de l'introduction et votre salut, prennent une saveur étrange au fil de votre Essai. Car c'est un peu l'impression que ça laisse, vous faites un noble discours sur la poésie, la musique, les valeurs, et j'en passe et des meilleurs, mais que faites vous ici si ce n'est jeter l'opprobre sur un travail honnête et beaucoup de bonne volonté pour exposer Votre Nombril, et vous écoutez parler. Si votre démarche était désintéressée, si vous étiez le serviteur de la beauté et de l'harmonie motivé par les plus hautes considération et au service l'art comme vous le prétendez, nous n'aurions jamais du lire cette lettre, ( je salue d'ailleurs le courage et l’honnêteté de Darius, qui la laisse exposée), elle aurait du être envoyée, à l'autre adresse, que vous devez connaître puisque vous y faites référence , vous savez le service correction ou il est d'ailleurs mentionné quelque chose au sujet des corrections éventuelles des poèmes du propriétaire du blog, c'est dommage d'être si cultivé, d'y être parvenu en beaucoup moins de temps que les autres, si je vous ai bien lu (à peine trois ans ouah !) mais de ne pas encore maîtriser la lecture.
Et maintenant, après avoir tenté de tout détruire, pour vous faire luire, vous proposez quoi ? Vous avez un blog, vous faites des corrections en ligne, vous synthétisez plusieurs ouvrages pour en rendre le contenu plus digeste, plus abordable et donc servir la cause de la Poésie, non vous faites le Paon, dommage car d’après vos mots vous aviez l'air moins fat et auriez, peut être, pu faire avancer le débat. Un dernier point me taraude, comment se fait t-il qu'un Monsieur si compétent, dans le désert culturel et artistique que vous décrivez, n'ai pas mieux à faire de ses journées que de se mirer, sur un forum perdu, serait ce que vos grandes qualités, ne sont pas reconnues ?
Alors monsieur, je ne vous salue pas.
Ps : je vous ai laissé quelques fautes d'orthographes, il me semble que les gens comme vous en sont friand pour affirmer leur supériorité et disqualifier les interlocuteurs potentiels.

Darius Hyperion 18/01/2017 21:34

Merci pour votre commentaire, mais il n'est pas nécessaire de jeter de l'huile sur le feu.

Enkidu 28/07/2016 17:09

Bonjour Darius,

Avant de commenter votre poème, — que j'ai relu plusieurs fois, à voix haute et en respectant la prosodie, — comme il sied dès qu'il s'agit de vers véritables, — je vous signale que derrière mon pseudo se cache le « camarade en "rigueur poétique" » que Meersch évoqua dans l'un des commentaires laissés par lui en mai dernier.
Si je possède à peine le tiers de votre expérience, puisque j'ai découvert la poésie il y a moins de trois ans, par le plus heureux des hasards, et n'avais pour ainsi dire jamais lu un recueil de ma vie, ignorant jusqu'à l'existence même de certains grands poètes de langue française, je suis animé d'une passion analogue à la vôtre. Je vous félicite et remercie d'entretenir, quoique tout en amertume et isolement (ce que je ne comprends que trop bien...), avec force courage et abnégation, un foyer dont la flamme s'amenuise chaque jour que la modernité fait, et menace de s'éteindre en raison du manque de combustible spirituel nécessaire à sa vigueur. Ce qui était jadis un subtil art du feu s'est aujourd'hui mué en pyromanie généralisée. Le titre de « Poète », qui désignait hier un maître-artisan, un souffleur de vers conscient de ses moyens et sûr de son savoir-faire, qu'un supplément de talent ou de génie permettait d'élever au rang d'artiste, à présent ne désigne plus qu'un métier d'imposteur-vandale se contentant et se réjouissant d'une production de bris informes et d'incendies vulgaires. Bien entendu, composer en vers réguliers ne suffit pas à garantir le lustre d'un poème ; même si je pense, à votre instar, que ce soit une condition assez essentielle ; ce pour de multiples raisons dont je ne ferai ici pas la recension exhaustive. Je profiterai tout de même de l'occassion pour vous partager assez largement mes opinions poétiques, selon que j'aborderai tel ou tel aspect de votre poème.

Je dois vous avertir que mon commentaire sera critique, qu'il ne se résumera pas à un inepte et béat encensement — comme on en lit trop souvent sur nombre de forums où la flagornerie la plus intéressée régit et motive les échanges. Je m'évertuerai cependant à être aussi « juste » que possible, et c'est uniquement parce que je suis moi-même capable de produire du vers régulier honorable que je me permettrai des appréciations négatives — étayées, bien sûr ; argumentées, évidemment. Bien conscient qu'il n'est jamais agréable de se voir adresser une telle critique, j'espère toutefois que vous saurez la recevoir sans trop vous raidir ou vous renfrogner. Comme vous proposez de corriger des poèmes, prévenez que vous ne gaspillez pas votre verve en complaisance inutile, je vous imagine accepter d'autrui ce que vous lui destinez parfois.
Mais quels que soient les réserves et désaccords que je vais exprimer plus bas, je salue encore une fois votre volonté d'oeuvrer, avec rigueur, minutie et méticulosité, à défendre et expliquer les vertus et l'histoire du vers français.


***

Je débute par deux remarques générales d'ordre formel — la première étant plus subjective que la seconde, et que je m'emploierai à rationnaliser, à objectiver autant que possible ; peut-être au risque de quelques redondances.


- L'un des objectifs majeurs de la Poésie étant de musicaliser le langage, d'élever la parole au rang de chant verbal, de faire équivaloir son et sens le plus possible, c'est-à-dire d'inviter le lecteur à résonner autant qu'il raisonne, et donc d'appliquer à la composition poétique les moyens les plus significatifs de la compostion musicale, à tout le moins dans ses principes « architecturaux », je pense qu'ici le rythme tripartite aabccb aurait convenu à l'énonciation d'un art poétique.

Pourquoi ?
D'abord parce que ce rythme repose sur un équilibre géométrique à la fois riche et simple, et que, des cycles formés de six ou douze temps, il révèle une caractéristique des plus fascinantes — que l'on songe au temps large (par exemple représenté par un sizain) ou au temps court (par exemple l'alexandrin appréhendé comme unité mélodique autonome) — soit que de l'ouverture à la clôture de ceux-ci, Ternarité et Binarité se mêlent, puis se découplent sans divorcer, s'embrassant régulièrement, comme pour marquer leur fidèle complémentarité, par de fugaces baisers échangés lors du franchissement de carrefours communs, — cependant atteints par un chemin et une foulée différents, — et enfin conluent cette double période d'existences valsées, aussi parallèles qu'intriquées, par une égalisante étreinte finale. Ainsi, 2 et 3 (2x3 et les rythmes dits « 2 pour 3 », et leur inverse, qui doivent être ressentis, puisque les traduire en notation exacte est impossible) se contiennent l'un l'autre, se superposent, se combinent, se multiplient, se modulent, s'appellent et se répondent en parfaite symétrie. Ceci mettant en valeur l'idée d'une pensée musicale, attentive aux ordonnances d'une voix toute mathématique, où signifiant et signifié s'articulent conjointement autour de cadences rythmico-harmoniques de type tension/détente, — problème/résolution, question/réponse, — constituées d'un nombre égal de « mesures ».
Ensuite parce que l'on peut déduire une fonction symbolique de ce dialogue croisé entre ternarité et binarité, si l'on attribue, comme moi, quelque vertu incantatoire, mystique, voire magique à la poésie régulière. Le binaire représente le Corps, le ternaire l'Esprit : Immanence et Transcendance à l'unisson. Selon une interprétation tout alchimique, j'y vois un symbole d'équivalence entre le terrestre et le céleste, le féminin et le masculin (comme avec le genre des rimes), la Lune et du Soleil, le calme épais du Mercure et l'indomptable feu du Soufre, les fruits de la méditation mûrie et les rayons de l'instant solaire, etc. ; et ainsi quelque chose comme une possible représentation spirituelle du Grand Oeuvre, de l'homme de Vitruve, de la spirale d'or, souple et caressante, se déployant pourtant avec aise dans l'univers anguleux et borné d'un rectangle d'or ; et toute analogie, quelque peu gnostique, similaire.
Tout ça comme pour imprimer chez le lecteur que la composition poétique est avant tout l'acte d'un alchimiste du verbe et du nombre, d'une pensée sonore, musicale, qui s'élabore par l'emprunt simultané de réseaux logiques abstraits (sens) et de symétries harmoniques concrètes (son), afin de stimuler l'intelligence sensible, parfois jusqu'à provoquer l'enchantement. Le Poète n'est-il pas un mystique de la raison ?

Je n'affirme pas que le présent ordonnancement des rimes soit incapable de porter une parole forte ou profonde, mais que le rythme harmonique 2+4 (qui retranche au chiffre 6 sa nature duale) est un canevas moins pertinent (tant musicalement que symboliquement) qu'une trame 2x3 pour tisser un discours ayant pour objet de dessiner un Art poétique — la vocation intrinsèque de cet art étant de sublimer le langage ordinaire, de lui conférer quelque propriété « surnaturelle », parfois d'éclairer sans montrer nettement, et de faire primer l'entendement sur la compréhension — sans pour autant que la poursuite de cet idéal musicalo-verbal doive devenir, par manque de tempérance et de discernement, un prétexte à l'inintelligibilité, bien entendu.

Peut-être estimerez-vous que je me perds ici en élucubrations spécieuses, et/ou que j'attache trop d'importance à un détail insignifiant, mais je suis assez convaincu qu'être singulièrement sensible et attentif à ces menus détails formels est inhérent à la nature de poète, et d'artiste en général. « Qui veut faire de grandes choses doit penser profondément aux détails », disait Paul Valéry — celui qui a le mieux et le plus rigoureusement parlé de la création poétique dans ses aspects les plus difficiles à circonscrire, un peu à l'image d'un Henri Poincaré animé du désir d'élucider et d'expliciter les mécanismes de la création mathématique. D'ailleurs, les créativités mathématique, poétique et musicale présentent beaucoup de similitudes, et chacune renferme toujours un peu de l'autre.


- La seconde remarque d'ordre général porte sur l'emploi sinon irréfléchi, au moins abusif des majuscules. En fait, à bien y regarder, vous en affublez absolument TOUS les substantifs... Ce qui revient au même que de n'en mettre aucune. À moins que par là vous ne vouliez suggérer que le Substantif est le plus haut placé dans la hiérarchie des mots ? Le pyramidion revenant sans conteste au Verbe.
Il semblerait, mais je n'ai pas encore tout lu, que cette « majusculisation » des substantifs soit chez vous systématique. Je peine à en saisir l'intérêt ou la signification. Si c'est pour marquer une singularité stylistique, ça paraît artificieux. C'est même vous priver d'une possible mise en relief, qui renseignerait sur le caractère absolu ou universel qu'en tels endroits vous souhaitez voir reconnu à tels mots (grandis, presque monumentalisés), ou qui signalerait au lecteur votre intention de personnifier une chose, un objet ; ou, parallèlement, de réifier un concept, une idée.
En guise de contre-illustration, je vous renvoie, exemple parmi d'autres, au Spleen LXXVIII de Baudelaire : cinq quatrains d'alexandrins et seulement trois majuscules attribuées, dans l'ordre d'apparition, à l'Espérance, l'Espoir et l'Angoisse. Maintenant, imaginez qu'il y eût une majuscule à chaque substantif ; l'effet serait nul, puisque l'exception serait devenue la norme, la règle.


***


J'avais dans un premier temps songé à traiter séparément signifié et signifiant, tenté par la facilité, mais ce serait grossièrement dissocier le cerveau et le coeur du poème — les forces et faiblesses de l'un engendrant souvent celles de l'autre. Le vers est l'expression d'une pensée pulsée, une et indivisible, pour le lecteur-auditeur qui la reçoit. Comme les articulations logique et phonique sont interdépendantes et se supportent l'une l'autre, j'essaierai, même si c'est plus complexe, de vous communiquer les impressions que me laisse votre poème observé comme un être vivant et complet, et non comme un animal mort sur une table de dissection, dont on entreprend de mesurer chacun des organes isolément — ce qui reviendrait à nier la vie même du poème.

Si la chair spirituelle que vous me proposez ici ne me charme ni ne me comble vraiment, et me semble souffrir de carences en matière de « volupté rhétorique », je suis loin d'avoir eu la sensation de subir la langue d'un zombie ou d'écouter un crâne vide — double sensaton qui me parcourt souvent lorsque je me risque à compulser un recueil contemporain, ou les divers sites, blogs et forums supposés faire honneur à la « poésie ». Pauvre Poésie...

D'un point de vue global, je dirais que le développement est meilleur que l'introduction, et surtout que la fin ; qui me paraît davantage une regrettable trivialité qu'une idoine espièglerie. On s'attendrait à une conclusion plus fastueuse et solennelle, à la hauteur de l'enjeu imposé par le titre, à une image qui contienne quelque idée de majesté, d'idéal, d'absolu, de sacrifice, d'Amour, etc., — soit qui induise d'une manière ou d'une autre qu'être poète requiert une certaine noblesse d'âme, — et non à une pirouette humoristique, qui nous laisse pour ultime sentiment que la poésie est l'affaire d'esprits facétieux.
Autant que les premiers vers sont déterminants, les derniers sont primordiaux. Il est presque crucial, pour qu'un poème devienne évènement pour l'esprit, que le ou les derniers vers soient denses et percutants, une sorte de bouquet final, d'artifice suprême venant presque justifié tout ce qu'il y au-dessus, et qui, lorsque c'est réussi et maîtrisé, font puissamment écho aux premiers crépitements du poème. Que ce soit par ellipse (cf. Angoise de Mallarmé), par reprise explicite des éléments initiaux (cf. Magnitudo Parvi de Hugo) ou par « linéarité narrative » (cf. La Pythie de Valéry), les derniers vers ont (devraient) toujours (avoir) pour fonction de répondre à la problématique d'ensemble, d'élucider l'idée-prétexte, qui sembla assez souveraine à l'esprit sensible pour qu'il s'engage dans une entreprise aussi éprouvante, inutile et insensée que celle d'écrire un poème...
À propos des exemples cités entre parenthèses : j'ai volontairement opté pour des pièces de natures et de longueurs fort différentes, produites par trois poètes « modernes » qui, chacun à leur manière, ont voué leur existence à la poésie et ont mené le vers à des hauteurs et des profondeurs insoupçonnées avant eux. Victor Hugo étant indéniablement le plus grand poète français d'entre tous.

Angoisse de Mallarmé, un sonnet d'alexandrins, on obtient ceci :

- Premier vers : « Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête »

- Dernier vers : « Ayant peur de mourir lorsque je couche seul . »

Magnitudo Parvi, un poème de 25 pages de Hugo :

- La strophe qui clôt, au vers 40, la partie introductive du poème — la nuit tombe, il est main dans la main avec sa fille, qui l'interroge :

« — Vois donc, là-bas, où l'ombre aux flancs des coteaux rampe,
Deux feux jumeaux briller comme une double lampe
Qui remuerait au vent!
Quels sont ces deux foyers qu'au loin la brume voile ?
— L'un est un feu de pâtre et l'autre est une étoile ;
Deux mondes, mon enfant ! »

- Et après 25 pages de multiples manifestations du génie hugolien, à travers plusieurs types de strophes et de mètres marquant les différentes parties, qui s'enchaînent avec heur, voici quel sublime sizain sert de point d'orgue au voyage spirituel initiatique :

« De chacun d'eux s'envole un rayon fraternel,
L'un plein d'humanité, l'autre rempli de ciel ;
Dieu les prend et joint leur lumière,
Et sa main, sous qui l'âme, aigle de flamme, éclôt,
Fait du rayon d'en bas et du rayon d'en haut
Les deux ailes de la prière. »

La Pythie de Valéry, plus d'une vingtaine de dizains d'octosyllabes :

- Premier dizain :

« La Pythie exhalant la flamme
De naseaux durcis par l'encens,
Haletante, ivre, hurle !... l'âme
Affreuse et les flancs mugissants !
Pâle, profondément mordue,
Et la prunelle suspendue
Au point le plus haut de l'horreur,
Le regard qui manque à son masque
S'arrache vivant à la vasque,
À la fumée, à la fureur ! »

- Le dernier dizain, apothéose du poème :

« Honneur des Hommes, Saint LANGAGE,
Discours prophétique et paré,
Belles chaînes en qui s'engage
Le dieu dans la chair égaré,
Illumination, largesse !
Voici parler une Sagesse
Et sonner cette auguste Voix
Qui se connaît quand elle sonne
N'être plus la voix de personne
Tant que des ondes et des bois ! »



Un sentiment de continuité doit dominer l'ensemble, que l'on sût dès le départ le chemin exact qu'allait emprunter le discours, ou que l'on modifiât son itinéraire en route, au gré des heureuses découvertes qu'offrent l'exploration imprévue de détours et raccourcis lexicaux. Cette continuité logo-harmonique, dont le poète cherche à faire reluire et vibrer le poème tout entier, ne peut s'obtenir que par la préalable observance des propriétés et principes moteurs de celle-ci à des échelles plus restreintes : la syllabe est une note, le mot une cellule, le vers un motif, la strophe ou le groupe de strophes, selon la longueur du poème, un mouvement, et enfin le poème l'oeuvre complète — assemblage cohérent et concerté de chacuns des éléments de diverses grandeurs, qui doivent se révéler non moins cohérents et concertés étudiés chacun à leur échelle.
Pourtant, un poème constitué de vers tous magnifiques en soi ne sera pas nécessairement un bon ou beau poème, si ces vers ne s'enchaînent ni ne se répondent correctement. Il en est de même pour juger localement de l'éventuelle beauté d'une ou plusieurs images , dont l'impact psychique heureux s'évalue selon les degrés de pertinence et de singularité des analogies proposées, et concomitamment leur bonne résonance physique selon les qualités rhétorique et sonore de leur expression.
Le poème, objet de mémoire de par sa forme et sa nature, et donc appelant à sa propre répétition, ne doit pas trop souffrir d'un retour de l'intellect une fois passé le temps de la prime lecture, diction ou audition, — celles-ci toujours plus ingénues et conciliantes que les possibles suivantes. Pour l'amateur de poème, les audaces sont désirées et les surprises bienvenues, mais, comme le conclut Roger Caillois à la fin de son texte L'énigme et l'image, « il faut étonner justement ». Ici, c'est la doctrine surréaliste que visait Caillois, et j'adhère à l'idée que faire reposer la poésie sur l'écriture automatique, le rêve, l'absurde, l'inconscient et sur l'abolition de toute raison, est foncièrement une imposture. La doctrine surréaliste a fait beaucoup de mal à la poésie...
Mais je tiens à notifier que je n'ai rien contre certaines nébulosités, c'est-à-dire certaines formules fondées sur la suggestion et la vibration — sorte de logomancies comme on en trouve par exemple chez Mallarmé ou Valéry, — et suis même partisan de certaines contorsions syntaxiques et autres détournements lexicaux, à condition que ça ne détonne pas, que ça participe à l'euphonie, que ça paraisse comme le résultat d'opérations conscientes et volontaires, et non comme l'indice d'une défaillance logique, ou d'une confusion spirituelle dans la traduction des idées en mots, ou d'un manque de ressources verbales, et surtout que leur examen approfondi et répété permette d'en dégager plus de sens qu'à première vue — si cet examen nous fait aboutir au constat inverse, c'est qu'il y a là un « problème » ; un problème irrésolu, voire, et c'est pire, non-identifié comme tel par le poète lui-même.


***


Après cette longue mais utile digression, je reviens vers votre poème.

Vous n'êtes évidemment pas un auteur hermétique, encore moins surréaliste, et avez justement le mérite de ne pas verser dans l'abscondité érudite, dans laquelle bien des « poètes » se drapent pour dissimuler leur misère, abasourdir le néophyte ou se flatter d'un pseudo-élitisme mondain, mais votre présent poème contient, d'après moi, beaucoup trop de petites discordances et fausses notes, ainsi que de menues imprécisions et maladresses, pour que l'oreille et l'esprit le considèrent comme une oeuvre solide et aboutie. Plus vous vous éloignez d'un certain prosaïsme et tentez d'élaborer des figures complexes, plus le discours semble embrouillé, mal assuré, dans le sens où la pointe rhétorique, concluant telle ou telle idée-image, semble assez souvent en décalage avec ce qui est censé l'avoir engendrée au départ de la séquence. Comme une pensée arborescente qui laisse l'impression d'un développement entrecoupé, par boutures artificielles, un peu hasardeuse, et non celle d'une croissance naturelle, ou qui du moins en aurait l'apparence finale. Le cheminement « argumentatif » et les analogies paraissent en plusieurs endroits incomplets ou défectueux, et même si je pense comprendre assez bien ce que vous souhaitez dire ici ou là, ça manque de pertinence et de justesse. En gros, mon sentiment général est que vous posez souvent un problème auquel la solution proposée ne répond pas vraiment, ou que la solution n'implique pas tout à fait le problème que vous avez déduit à partir d'elle.
C'est là l'opinion d'un passionné et d'un habitué du vers que j'exprime, celle d'un esthète exigeant et rigoureux, d'abord envers lui-même ; sans insinuer que mes propres poèmes ne contiendraient ni scories, ni lacunes.

Avant de poursuivre, et tenter de préciser où et en quoi je perçois des défaillances, je tiens à vous convaincre de ma probité : j'ai beau être critique à l'endroit de votre poésie, elle est déjà bien meilleure que celle de la plupart des poètes contemporains que j'ai pu lire jusqu'à ce jour en librairie ou sur le net. Je respecte votre labeur, et vous assure de ma pleine considération à ce titre. Mais que votre poésie soit meilleure que celle des autres, parce qu'elle est empreinte d'une rigueur formelle que presque tous rechignent à faire leur aujourd'hui, n'indique pas obligatoirement qu'elle soit « bonne » en soi.

***

Je m'abstiendrai de procéder à une énumération complète de tout ce qui m'apparaît imprécis ou bancal, — ce serait fastidieux et inutile, — et me contenterai d'analyser en détails quelques vers ou séquences parmi les plus représentatives de ce que j'estime l'être. Je mêlerai à cette analyse quelques remarques sur le fond du propos, car j'ai, là aussi, quelques désaccords à exprimer.

Les trois premières strophes :

- « À qui voudrait tenter sa Chance,
Je donne ma Leçon d'Errance : »

Ok pour le premier vers. Mais le second, outre le fait qu'il ne soit pas très mélodieux (ni en soi ni en regard du premier), est déjà suspect. Que peut bien vouloir dire « donner sa leçon d'errance » ? Pourquoi introduire un art poétique de la sorte, et laisser supposer au lecteur que la leçon donnée a pour source ou pour principe directeur l'errance ? L'errance se référant immédiatement, dans l'esprit général, à l'idée d'avancer sans but, au hasard... Alors même que vous vous apprêtez à dire le contraire un peu plus bas !
Les quatre vers suivants, pourtant introduits par deux-points, qui ont ici fonction de signaler une relation de cause ou de conséquence, ne nous renseignent pas beaucoup sur l'interprétation à donner aux mots « leçon d'errance ».

- « Ici nul Poète saigné,
Nul Sabre au Clair Porteur de Lyre,
Nul amant de muse imprégné
De son sempiternel délire ; »

On obtient juste une énumération du type de poète que vous affirmez ne pas être, et qui, d'après celle-ci, est conseillé par tout sauf l'errance. Un poète sans blessures ni souffrances, dont la douleur ne corrompt pas la raison, qui ne se sert pas du vers pour fronder ou monter à l'assaut ouvertement, et qui n'a pas la passion, le lyrisme ou la folie pour guide(s). C'est du moins ce que signifient vos vers... Je peine à trouver un lien clair et bien défini avec les deux premiers vers de la strophe, et le « Mais » qui débute la suivante est tout aussi discutable.

- « Mais voici l'Esclave du Vers
Contraint par son Rythme pervers ; »

En quoi le fait d'être élégiaque, impulsif, rêveur ou passionné s'opposerait forcément à une expression poétique soumise aux contraintes du vers ? En fait, les exemples de maints grands poètes (dont certains de ceux que vous citez en préambule et dans votre poème) réfutent cette opposition que vous formulez. Il n'y pas de stricte incompatibilité entre le répréhensible lyrisme mièvre ou délirant, pour faire bref, et son expression en vers parfaitement réguliers.
D'autre part, vous faîtes ici, et peut-être à votre insu, un aveu étonnant, en qualifiant de « pervers » le rythme du vers par lequel vous vous sentez contraint, jusqu'à en devenir esclave. S'il y a bien une chose qui n'est pas contraignante avec le vers, d'autant plus une fois acquise la bonne maîtrise des règles, et qui au contraire favorise « l'inspiration » et les heureuses fulgurances, c'est bien le rythme ! Quoi de plus naturellement musical et générateur de phrases que de penser par cycles rythmiques rimés ? Les véritables difficultés du vers et de la poésie se situent ailleurs... Lire des quatrains d'alexandrins suffit à penser en quatrains d'alexandrins, — idem avec des dizains d'octosyllabes, etc., ou même avec des strophes hétérométriques, — et à élaborer des phrases dont le développement rhétorique et les articulations sonores coïncident avec le cycle choisi, ou qui s'est imposé à l'esprit. Selon moi, les vers doivent s'entendre, et avoir besoin de (souvent, voire toujours) compter les syllabes, pour s'assurer que le vers en contient le nombre désiré, serait pour l'aspirant-poète l'indice d'une lacune très problématique, presque insurmontable ! Comme celle ne pas avoir le sens du rythme en musique.
J'ai assez souvent constaté que nombre de gens n'ont pas le sens du rythme basique, c'est-à-dire de la pulsation régulière sur des cycles courts (une mesure divisée quatre temps égaux par exemple), et que bien rares sont ceux ayant une conscience assez aiguë et un instinct assez ferme des cycles longs (groupe de mesures, grille d'accords, morceau entier), qui leur permettraient de construire un discours cohérent et logique, sur une durée plus ou moins longue, sans « se perdre » peu ou prou. Mon constat est analogue dans le domaine poétique.

Dans votre cas, je dirais que vous possédez sûrement ce sens du rythme basique dont je cause juste au-dessus, sinon vous ne parviendriez pas à écrire des vers réguliers corrects — à moins que l'unique cause de cette orthodoxie soit une intense et pénible besogne. En revanche, je pense que le sens des ensembles et des systèmes vous est moins acquis : dès lors que vous développez au-delà de quelques vers, sur quelque longueur, le discours et les images sont laborieux à concevoir, font l'effet d'un manque de discernement quant aux angles et perspectives, possibles ou non, ouvertes ou non par le point de vue initialement adopté, et il en résulte que la pointe finale rate régulièrement sa cible, ou alors en atteint une qu'on ne pouvait espérer visée au départ, du moins sans emprunter une trajectoire sinon impossible, au moins invraisemblable. L'esprit s'en trouve, ou dérangé, ou déçu : soit parce qu'il se heurte à des ambiguités logiques qui, si elles ne contredisent pas complètement ses lois universelles, y contreviennent quelque peu ; soit parce que le propos n'a ni force ni portée, et tombe plutôt à plat.

Je continue avec la fin de la deuxième strophe et la suivante pour étayer mon propos :

« Pleure, toi qui te pensais Maître,
Ta Phrase s'encourt et s'enfuit,
Elle ne viendra se soumettre
Que si ta plume la poursuit.

Faudrait-il, pour que je la voie
Sur Ordre accourir par la Voie
Qui la couche sur le Papier,
Comme une Chienne toujours prête,
Briser dans un Sabot son Pied,
Pauvre Cendrillon d'Opérette ? »

Premièrement, le rapport n'est pas net du tout entre les deux premiers vers cités plus haut et la suite de la strophe censée les compléter ou les éclairer. Certes, je vois bien des liens et des contrastes entre les mots « esclave », « maître », « s'enfuit », « soumettre » et « poursuit », mais où est passée la notion de rythme pervers, annoncée comme la contrainte principale du vers ? En quoi faire poursuivre par sa plume la phrase qui s'enfuit (ce qui n'est déjà pas une image très parlante) va-t-elle permettre de surmonter l'éventuelle difficulté posée par le rythme dit « pervers » ? Et puis « s'encourir » doit normalement être suivi d'un complément de lieu, puisqu'une seule acception est admise : « aller en courant vers quelqu'un ou quelque chose ». Ce verbe non suivi d'un complément de lieu pourrait tout à fait se comprendre comme un synonyme de « s'enfuir » ou « se dérober ». Or, le verbe « s'enfuir » est déjà là. Donc, dans ce contexte, l'emploi de « s'encourir » est soit un solécisme, soit une superfluité.

La strophe suivante ne nous aidera pas à mieux se figurer une image, au contraire ! Voici que la phrase est assimilée à une chienne bien dressée parce qu'on a brisé son pied dans un sabot, et finalement devient une Cendrillon d'opérette... Le pied d'une phrase comparée à une chienne, bien qu'il soit difficle de se représenter un pied de phrase et que les chiens ont des pattes... Pourquoi une cendrillon ? À cause du sabot ? En référence au soulier de vair ou sa pauvre condition de servante ? Mais surtout, pourquoi « d'opérette » ? Quel rapport ce qui précède ? Cette dernière rime tombe comme un cheveu gras sur la soupe de citrouille.
Les analogies sont toutes scabreuses et rien de correctement figurable n'en ressort. Il ne suffit pas d'essaimer des mots d'un même champ lexical pour créer de la cohérence, il faut d'abord que les associations d'idées soient pertinentes pour que ça fonctionne. Au lieu de s'éclairer, vos vers ne font que s'obscurcir les uns les autres. Je saisis à peu près ce que vous voudriez dire, par déduction, parce que je connais le sujet, mais vous ne le dîtes pas en le disant quand même fort mal ! Et on trouve beaucoup d'incohérences et de contradictions de ce genre tout au long du poème. Il n'y a presque pas une strophe que l'on peut lire sans tiquer.

« Elle est vieille et bave ses Dents
Ta Muse, disent les Ardents
Du Vers boîteux qui se croit libre.
Ô vous qui cherchez le Nouveau,
Dans l'Aphte en vous branlant le Chibre,
La Beauté miroite au Cerveau. »

Dommage ! Celle-ci partait bien. Les deux derniers vers ruinent tout... Les ardents du vers boîteux prétendûment libre (je suis d'accord avec vous) dédaignent et moquent la vieille muse baveuse et édentée de la versification. Ok. Vous les interpellez et leur reprochez de chercher le nouveau, dans l'aphte (là ça se gâte), et vous leur répondez donc, comme si vous les terrassiez d'une puissante saillie : La beauté miroite au cerveau. Mais mince quoi ! Ca ne veut rien dire ! Ca n'a strictement aucun rapport avec le reste encore une fois, mais alors vraiment aucun, et même en soi, le vers n'a aucune valeur aphoristique. Je serai un défenseur du vers libre que je considérerais que vous donnez là le bâton pour vous faire battre ! Une strophe avant, vous ordonniez de « chérir le Fond »...

« Par qui, par quoi, quel Esprit gourd,
Par quel Dieu fainéant et sourd,
Ces Élucubrations verbeuses,
Sans ponctuation, sans Efforts,
Qui vont sous les plaines herbeuses
Retourner les Poètes morts ? »

La syntaxe est fort douteuse à cause du pronom relatif « qui » entamant l'avant-dernier vers.
Et pourquoi ne pas appliquer les diérèses aux mots qui le demandent ? J'ai lu que vous ne les aimiez pas, les diérèses, et les considériez inélégantes. Refuser leur emploi est à mon avis une erreur, pour trois raisons. D'abord parce que les diérèses sont une exclusivité du vers, obligent à une prononciation de certains mots qui n'a cours qu'en poésie, et ainsi participent à distinguer d'autant plus le vers de la prose. Ensuite, parce qu'elles sont la grande majorité liées à l'étymologie latine, ce qui leur confère une valeur symbolique en nous rappelant que le français est une langue ancrée dans le temps long et la grande histoire millénaire. Enfin, « at but not least » comme disent nos faux-frères anglais, parce que les diérèses peuvent être très musicales, de par les déliés modulatoires qu'elles donnent à vocaliser. Prenez d'ailleurs ces deux mots : « délier » et « modulation ». Pour le premier comme pour le second, appliquer la diérèse ne renforce-t-il pas leur sens, et ne leur ajoute-t-il pas un charme d'une volupté et d'une amplitude toutes poétiques ?
À ce sujet, dans votre article sur les diérèses et synérèses, avoir choisi comme exemple, de ce qu'il faut éviter, l'alexandrin de Baudelaire « Va te purifier dans l'air supérieur » est assez fâcheux. Car loin de mal sonner et d'être enlaidi par elles, ce vers est au contraire sublimé par ses deux diérèses : le mouvement musical du vers accompagne particulièrement bien la signification de celui-ci ! Sans compter que l'accentuation des deux temps forts que sotn la césure et la rime peut nous révéler un petit clin d'oeil linguistique : puri/FIER / supé/RIEUR. Peut-être Baudelaire ne l'a-t-il pas voulu, mais comme il m'arrive moi-même de parsemer mes vers de petits rébus du même genre, il n'est si farfelu de penser qu'il l'ait fait à dessein.
Alors que la stricte proscription du hiatus, elle, est très contestable, même si nous recommander de les éviter au maximum est de bon aloi, afin de rester vigilant quant aux possibles disgrâces vocaliques. Écrire « tuais », « tu hais » est autorisé, mais écrire « tu es » est interdit. Rien de moins arbitraire et de moins défendable dans les règles de la versification.


« La Muse nue est un squelette,
Une vulgaire Pipelette
Qui se vend au premier venu :
Poésie un mot qui boursoufle !
Lecteur, ne sois pas ingénu :
Donne-lui du Corps et du Souffle ! »

Là, on retrouve le même procédé que sur les trois premières strophes : présence de champs lexicaux croisés pour donner l'illusion d'une logique qui est absente dès lors qu'on considère les différentes propositions entre elles. Je ne détaille pas, mais les deux suivantes, qui complètent celles-ci, sont tout aussi bancales. Là aussi, c'est dommage, car l'idée de corseter sa muse, bien manoeuvrée, aurait été exploitable. Un des problèmes, dans les deux strophes complétant celle ci-dessus, est que vous y employez l'impératif, et c'est au lecteur que vous vous êtes adressé en dernier... Est-ce à lui que vous continuez de parler ? Est-ce donc au lecteur de façonner le corps de la muse, de l'habiller et enfin de la corseter ? En tout cas, c'est ce qu'induisent vos vers... Alors que ça ne fait pas sens, une fois de plus.


« Grammaire, orthographe et syntaxe »

La syntaxe est elle-même une partie de la grammaire. Répétition vaine. De plus, le vers est inélégant. « Orthographe, grammaire, syntaxe », d'un point de vue musical, était meilleur, mais si ça reste assez moche. Mais cette strophe-ci est pas mal du tout, bien qu'elle soit améliorable.

Le pénultième sizain de votre poème est le seul que je trouve correct et même plutôt charmant.


***


Une des grandes difficultés de la Poésie, — qui dépasse celles posées par les règles de la versification — est de parvenir à la justesse, aussi bien rhétorique que sonore ; d'offrir au lecteur un ou des tableaux composés d'éléments si parcimonieusement choisis, étudiés et bien agencés entre eux que la figure formée, même inédite et extra-ordinaire, s'impose à lui comme « naturelle » ; ou encore de lui laisser l'impression, à ce lecteur, que l'auteur parle trop bien pour être vrai, humain, qu'il possède quelque pouvoir de mage, de sorcier ou d'enchanteur, et qu'il est maître, et non victime ou esclave, de ses tours et de leurs effets. Ne parle-t-on pas d'avoir ou non le sens de la formule, comme on parlerait d'une formule magique ? À l'instar du sens du rythme, ce sens de la formule, qui est celui de raisonner et faire résonner justement, et vice versa, s'il peut être à l'état dormant, se révéler, se développer et se fortifier avec de l'exercice, ne s'apprend ni ne s'acquiert totalement. C'est une forme de créativité sensible qu'on a plus ou moins, et dont on peut être carrément dépourvu — même si c'est injuste et inégalitaire pour celui ou celle qui souffre de ce manque. Ni le travail le plus acharné, ni la volonté la plus implacable, ni l'éridution la plus pointue ne suffiront à bien doter d'une faculté un être dont le terreau n'est pas suffisamment propice à la faire croître. Oui, je parle ici de prédisposition, de don, de talent, voire de génie, en ce qui concerne les individus les plus exceptionnels. Le génie est absolu, tandis que le talent peut être grand, moyen, petit, anecdotique ou inexistant. Il convient de savoir mesurer le sien avec raison, si l'on veut progresser dans le bon sens, combler au mieux ses lacunes, corriger ses travers, et surtout éviter l'écueil de l'infatuation.

Votre poème regorge de fausses notes et d'incohérences évidentes pour quiconque aime, comprend et parle un peu le langage poétique. C'est ainsi, que vous le vouliez ou non ; je peux vous assurer que je sais lire, et même bien lire, et suis loin d'être manchot en versification.

Je ne doute pas que votre passion pour la poésie soit sincère, vu le travail que vous avez déjà fourni, vos vastes connaissances en la matière et votre attachement inconditionnel aux nobles règles de la versification française, mais cette érudition et cette pratique soutenue ne font pas forcément de vous un bon poète. Pourtant, derrière et à travers vos mots, ici ou ailleurs, on vous ressent plutôt fier et assez certain de frapper juste et fort, d'accéder à l'éloquence et même de produire de la beauté...
Alors je vous le dis tout net, sans détours ni précautions : vous n'êtes pas légitime à corriger autrui ou à édicter quelconque art poétique en regard de ce que vous produisez. Pour cela, il faut être maître, et vous ne l'êtes pas. C'est peut-être que vous ne vous rendiez pas compte de vos flagrantes faiblesses rhétoriques qui est le plus inquiétant, puisque vous semblez croire à votre postérité (cf. Ton Futur sera ma Statue).

Vous vous surestimez grandement, Darius Hypérion (changez de pseudo, celui-ci est un soupçon grotesque). Vos prétentions ne sont pas fondées. Vu l'écart conséquent qu'il y a entre la posture hautaine et sentencieuse que vous adoptez parfois et la valeur de votre plume, ne vous étonnez pas que personne ne vienne très longtemps s'intéresser à vous.

Sans m'attendre à ce que mon commentaire vous procure joie et satisfaction, j'espère que vous saurez en apprécier le sérieux et vous réjouir, même amèrement, d'avoir été l'objet d'une si grande attention.

Enkidu

Darius Hyperion 30/07/2016 17:12

Certes !

Enkidu 30/07/2016 11:55

Feindre le dédain, le mépris ou l'indifférence était une des réponses que j'avais anticipées de votre part...

Que mon commentaire ne vous plaise pas, je le conçois et je ne m'en étonne pas, mais celle-ci vous témoigne pourtant pourtant bien plus de respect et de considération, de par sa précision et son sérieux, qu'un éloge d'une demi-ligne ou qu'une remarque peu réfléchie à propos de vos vers ou de la versification.

Dès lors, pourquoi vous plaindre du peu de commentaires que vous recevez, puisque lorsqu'on vous en délivre un d'une certaine qualité, bien construit et bien argumenté, vous vous contentez de lui montrer votre glotte ennuyée ?

Que croyez-vous que pensera un bon versificateur ou un véritable amateur de poésie en lisant votre poème, puis mon commentaire, et enfin votre réponse à celui-ci ? Malheureusement, soir que vous êtes infatué au dernier degré, soit que, mu par un dépit à peine dissimulé, vous reconnaissez implicitement ne pas pouvoir répondre à une critique qui pointent et exposent des faiblesses trop flagrantes pour être réfutées.

Quand l'ignoranct ou l'inconséquent vient vous importuner, vous l'envoyez paître, et cela, je le comprends aisément, mais comment comprendre que vous fassiez de même avec quelqu'un à l'évidence instruit et pointu, et qui vous consacre un temps et une attention dont il est assez rare de bénéficier aujourd'hui dans le domaine poétique ?

Personnellement, je connais très très peu de gens qui savent ne serait-ce que lire des vers en les vocalisant correctement, qui entendent le langage poétique et montrent une véritable appétance pour la belle versification, et je peux vous assurer que leurs sentiments envers votre poésie seront très proches des miens. Si vous ne voulez pas l'entendre et préférez vous boucher les oreilles, c'est vous et votre poésie que ça pénalise ; cette attitude confirme d'ailleurs ue vous vous surestimez outrancièrement en pensant être « au-dessus de ça ».

Pour finir, je me demandais si avant d'alimenter ce blog personnel vous aviez publié sur des plates-formes ouvertes, types forums ou sites littéraires, et quels avaient été les retours ? .

Un connaiseur sincère ou versificateur honnête et exigeant vous a-t-il déjà dit que vos poèmes étaient beaux, excellents, etc., ou même que vous l'aviez touché, au point parfois de lui arracher quelques soupirs, voire des pleurs, ou plus simplement que vous lui aviez procuré du plaisir ?

Pensez-vous que toute personne qui viendrait vous critiquer négativement ne le ferait que par jalousie ou amertume,car il sentirait dépassé ou écrasé par votre incommensurable talent ?

Quoique vous vous départissiez de certaines, — et que la moindre des choses serait de produire quelques pièces, de quelque longueur, qui démontreraient votre habileté à vous accommoder de toutes à la fois, tout en faisant oeuvre de poésie, — oui, vous savez versifier dans les règles. Cela ne suffit pas à faire de bons poèmes ; vous le dîtes vous-même, mais vous semblez ne pas percevoir ce qui in fine distingue un bon poème d'un moyen ou d'un mauvais, c'est-à-dire sa teneur en poésie. Les rythmes, la richesse des rimes,etc., en bref, « l'outil versification » n'est qu'un moyen, un instrument, pas une fin en soi. On peut connaître la théorie harmonique, l'histoire de la musique, le solfège, avoir une grosse technique instrumentale, etc., et malgré tout être un musicien passable, car l'art nécessite des qualités spirituelles qui ne s'apprennent pas dans les manuels et les traités.

Pour finir, je n'ai rien contre la prétention, même énorme, à condition qu'elle se fonde sur le réel et l'objectivité...

Vous préférez l'illusion. Tant pis pour vous. Continuez à bâiller.

P-S : Au fait, sur « l'albatros en ville », finir en enjoignant les habitants des mégalopoles de lever la tête au ciel et de regarder les étoiles est une drôle de bévue, puisque tout le problème en ville, c'est justement que la pollution lumineuse empêche de les voir, les étoiles ! Et vous, avez-vous levez la tête avant de conseiller les citadins de regarder des étoiles qu'ils ne peuvent voir d'où ils habitent ? Curieux manque de clairvoyance... pour un poète !

Darius Hyperion 28/07/2016 21:03

Bââââille !

Pierre Carré 21/12/2011 00:02


Bonjour,


 


Voilà un moment de lecture bien agréable.


Dans la liste de vos "remembrailles", je verrais aussi volontiers Molière.


Au plaisir de vous lire,


 


Pierre.

Darius Hyperion 21/12/2011 11:15



Moi aussi, mais il faut bien que cette liste soit finie. Encore que...


Merci de votre passage