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Les Amertumes

Le fond et la forme

7 Janvier 2011 , Rédigé par Darius Hyperion Publié dans #Essais de poétique

Me pedibus delectat claudere verba.
Il me plaît d’enfermer des mots dans des pieds.

(Horace, Satires II, 1, 28)

Pourquoi citer Horace, poète Latin mort au commencement de notre ère ? Parce que le propos de cet essai est intemporel et universel : il s'agit ni plus ni moins que d'opposer le travail comme moteur de création à la fainéantise littéraire de nombre d'écrivaillons qui dénigrent toute utilité aux règles.

Premièrement, la versification est un choix de l’auteur. Personne n’oblige qui que ce soit à écrire en vers, si ce n’est le propre orgueil de l’auteur qui veut se frotter à cette forme prestigieuse entre toutes. Ce choix doit donc être assumé, il implique de respecter des règles. Et qui dit respecter des règles dit bien entendu travailler. C’est là sans doute la clé des reproches faites aux règles : il faut se creuser les méninges pour les appliquer correctement. Celui qui ne tient pas à suivre les règles du vers dispose d’un outil aussi vieux, si ce n’est plus vieux que le vers lui-même : la prose. Le problème est que la prose est moins bien considérée que le vers, voilà qui est fâcheux pour les plumitifs en quête de gloriole.

Le choix de l'écriture versifiée est en soi une contrainte, puisqu'il s'agit, du moins en Français, de compter des syllabes et de finir ses lignes par des rimes. Dès lors pourquoi ne pas suivre ce raisonnement jusqu'au bout et accepter les règles pour ce qu'elles sont : des définitions universelles et intemporelles des syllabes et de la rime. Les auteurs actuels ont trop souvent tendance à oublier leurs lecteurs, contemporains et futurs. Les règles sont un lien entre l’auteur et son public, au même titre que l’orthographe et la grammaire : ces règles permettent la communication. Un auteur qui utiliserait sa propre orthographe ou sa propre syntaxe (cf. Pelletier et Baïf pour l’orthographe, Mallarmé pour la syntaxe) deviendrait incompréhensible (on dira hypocritement « hermétique » en parlant de Mallarmé). Il en est de même pour les règles du vers : elles donnent aux phrases le rythme et la musicalité que chacun cherche dans un poème.

On admettra volontiers que l’on ne puisse jouer de la musique sans solfège ni harmonie, que l’on ne puisse pratiquer les mathématiques sans apprendre à compter, que l’on ne puisse courir un marathon sans entraînement. Tout art, toute science, toute activité humaine demande une technique et donc un apprentissage. Pourquoi en serait-il différemment de la poésie ? Et j’écris bien poésie, car cet art a toujours été avant toute chose le travail d'un fond dans une forme, l’un ne va pas sans l’autre ; et la forme privilégiée de la poésie reste le vers. Ceci se vérifie encore aujourd'hui sur tous les forums internet où chacun, d'une façon ou d'une autre, associe la poésie à des retours fréquents à la ligne et des jeux de sonorité. Or la prose poétique et le poème en prose existent, mais restent des raretés. La versification s’apprend, elle ne s’improvise pas. Encore une fois, celui qui ne veut pas l’apprendre dispose de la prose, ou de cet ersatz qu’est le vers libre.

Deuxièmement, la poésie est un art et, en tant qu’art, elle est quête de Beauté et de Perfection : le nier revient à nier son principe même. Je n’irai pas jusqu’à définir le Beau et la Perfection. Des millénaires et des générations de philosophes, penseurs, artistes divers se sont penchés sur la question. C’est aux artistes d’y répondre, à travers leurs théories, mais surtout à travers leurs œuvres. Un artiste qui ne cherche pas ce Graal n’a aucun but, si ce n’est la mise en avant de son propre ego. Ne pas chercher la perfection, c’est sans doute penser que rien n’est à changer en soi, c’est être d’un narcissisme sans borne. Cette autosatisfaction aveugle se rencontre sur tous les forums de poésie : le « je » est omniprésent, mêlé à un manque de culture certain, mais surtout à ce manque de curiosité écœurant, cette tendance à traiter de puriste, avec une forte connotation péjorative, toute personne qui oserait suggérer une voie d’amélioration ou relever une erreur.

« Celui qui n'a pas le goût de l'absolu se contente d'une médiocrité tranquille. »
Paul Cézanne

Les moins incultes rétorqueront avec Alfred de Musset (La Coupe et les lèvres) :

Aimer est le grand point, qu’importe la maîtresse ?
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?

Quelle absurdité ! Tant qu’à aimer et être aimé, n’importe quel être humain sensé espère que son âme sœur sera dotée d’un joli corps et d’un bel esprit. Et je préfère de loin l’ivresse d’un grand cru millésimé bu dans un verre en cristal à celle d’un château Lerouge - Quitache versé dans un gobelet jetable et qui change la tête en cage à pic-vert le lendemain. A quoi bon une belle idée si elle est mal exprimée, si on ne lui donne pas l’expression qui reste dans les mémoires, qui impressionne ? A quoi bon un diamant non dégagé de sa gangue ou serti de plastique ? Voilà ce qu’est la poésie : l’alliance du fond et de la forme. Un poème ne sera jamais aussi beau que si l’idée est portée par un vers parfait.

Fuyez des mauvais sons le concours odieux :
Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée
Ne peut plaire à l'esprit, quand l'oreille est blessée.
(Nicolas Boileau, L’art poétique, chant I)

« Sur l'art des vers ; c'est en méditant votre thème que vous arriverez à le rendre vôtre. Mais gardez-vous de lui rester trop fidèle ! En poésie, il faut suivre la forme et non la pensée. Car c'est la forme qui est poésie, jamais la pensée. »
(Paul Valéry)

Rappelons enfin que, dans la mythologie grecque, les Muses sont les Filles de Mémoire (Mnémosyne). La forme est un support de la mémoire : il est plus facile de se souvenir d’un texte en vers que d’un texte en prose. Le vers fut le support privilégié de la tradition orale : l’Illiade et l’Odyssée furent transmises de bouche à oreille bien avant d’être écrites ; les trouvères et troubadours récitaient sans aucun support des chansons de geste comme la Chanson de Roland, ou les branches du Roman de Renard ; Jean Cassou, emprisonné durant la seconde guerre mondiale, privé de crayon et de papier, se raccrocha à la versification et aux formes fixes pour continuer à créer : il imagina et retint par cœur, avec ses co-détenus, trente-trois sonnets qu’il ne put écrire noir sur blanc qu’à sa libération.

Troisièmement, l’un des avantages des règles se trouve dans cette nécessité de chercher la meilleure expression possible. Ce que l’on trouve le plus souvent sur les forums poétiques est d’une banalité affligeante : ce ne sont que réminiscences, déjà-vu, déjà-lu. Parce que les auteurs de ces textes écrivent ce qui leur passe par la tête, usent d’expressions toutes faites, de souvenirs de lectures, conscients ou inconscients. La plupart des textes trouvés sur les forums ne sont que des patchworks d’éléments vus ailleurs ; on retrouve partout les mêmes tournures de phrases, les mêmes expressions, les mêmes images, les mêmes clichés ; cela sent la vieille « poésie » usée jusqu’à la trame, et cela dépasse rarement les réminiscences scolaires mal assimilées.

L’application des règles oblige l’auteur à ne pas se contenter de ses premières formulations : il doit les ré-exprimer, les travailler : c’est là qu’est la vraie création, c’est là que l’auteur se différenciera de ses sources et qu’il montrera son originalité. Si les idées elles-mêmes sont rarement neuves, c’est leur expression qui sera la marque de l’auteur, qui aura su assembler un bric-à-brac que son polissage aura rendu uniforme. C’est en luttant contre la paresse intellectuelle que partage tout un chacun que le vrai créateur s’élève au-dessus du lot.

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
(Nicolas Boileau, L’art poétique, chant I)

Faut-il encore dénoncer ce mythe ridicule du poète écrivant d’un premier jet parfait ? Tous les grands auteurs ont biffé, repris, rayé, réécrit. Les témoignages de sa famille nous montrent Rimbaud désespérer et déchirer des pages et des pages lors de l’écriture d’Une Saison en enfer, qui pourtant paraît si spontanée ; on possède plusieurs versions de nombre de ses poèmes, sur des pages pleines de ratures : l’archétype du poète inspiré tombe de son piédestal. Faut-il également rappeler que le surréalisme fut le mouvement artistique qui produisit le plus de règlements, de contraintes, de manifestes, en totale contradiction avec ses propres conceptions de l’art libéré ? Même l’écriture automatique avait des règles. De nombreux membres de ce mouvement en furent exclus ou s’en éloignèrent parce qu’ils ne suivaient pas les règles et rejetaient la dictature d'André Breton.

« Le génie, c’est 5% d’inspiration, et 95% de transpiration », fait-on dire aussi bien à Thomas Edison, Pablo Picasso ou Jules Renard. Lorsque Gide écrit : « L’art naît de contrainte, vit de lutte et meurt de liberté », ou encore : « L'art est toujours le résultat d'une contrainte. Croire qu'il s'élève d'autant plus haut qu'il est plus libre, c'est croire que ce qui retient le cerf-volant de monter, c'est sa corde. », il ne fait que prôner la valeur du travail, contre cette tendance artistique romantico-surréaliste qui consiste à attendre béatement que la poésie tombe du ciel par l’entremise d’on ne sait quelle Muse.

« La légende règne qu'il suffit d'apprendre le truc [Ndla : de l’écriture automatique], et qu'aussitôt des textes d'un grand intérêt poétique s'échappent de la plume de n'importe qui comme une diarrhée inépuisable. Sous prétexte qu'il s'agit de surréalisme, le premier chien venu se croit autorisé à égaler ses petites cochonneries à la poésie véritable, ce qui est d'une commodité merveilleuse pour l'amour-propre et la sottise. »

«  Si vous écrivez, suivant une méthode surréaliste, de tristes imbécillités, ce sont de tristes imbécillités. Sans excuses. Et particulièrement si vous appartenez à cette lamentable espèce de particuliers qui ignore le sens des mots, il est vraisemblable que la pratique du surréalisme ne mettra guère en lumière autre chose que cette ignorance crasse. Ne venez pas nous montrer ces élucubrations vicieuses. Vous ne savez pas le sens des mots. Je parie que ce que vous écrivez est bête. »
(Louis Aragon, Traité du style)

Quatrièmement, accuser les règles de brider l’imagination, c’est accuser un marteau de mal planter des clous. Ce n’est pas l’outil qui est mauvais, c’est celui qui le manipule qui ne sait pas s’en servir. Un auteur qui butte dans l’application des règles ne devrait pas rendre responsable celles-ci de son échec : cet auteur butte en réalité sur ses propres limites ; il est plus facile d’accuser le marteau d’avoir écrasé son pouce que de reconnaître sa propre maladresse. Or, tout auteur qui ne sait pas exprimer ses idées de dix façons différentes, qui ne trouve pas la bonne tournure qui rentre dans un vers, cet auteur n’est pas un poète, puisqu’il manque totalement de vocabulaire, d’esprit, d’imagination, bref, de poésie.

«  Est poète celui auquel la difficulté inhérente à son art donne des idées. Et ne l'est pas celui auquel elle les retire. »
(Paul Valéry, Variété)

Mais l'on peut également très bien savoir se servir d'un marteau, sans pour autant savoir produire des objets de grande qualité. A ce titre, il est particulièrement intéressant de consulter le traité de Banville, pour le moins paradoxal. Banville accuse Ronsard, dont il reconnaît néanmoins le génie, d'avoir inventé les règles d'interdiction de l'hiatus et de l'alternance des genres des rimes, il vitupère contre Malherbe et Boileau, grands régulateurs du vers et de la césure. Selon lui, les règles n'ont fait que rabaisser la poésie au niveau des mauvais poètes, comme s'il suffisait de suivre les règles mécaniquement pour produire un bon poème :

« Et l'outil que nous avons à notre disposition est si bon, qu'un imbécile même, à qui on a appris à s'en servir, peut, en s'appliquant, faire des bons vers. »

Cet argumentaire se retrouve chez Hugo lui-même. Or nos imbéciles contemporains, ceux du XXe et du XXIe siècle, ne savent même plus faire des vers réguliers, c'est dire à quel niveau de décrépitude est tombée la poésie.

Banville et Hugo confondent le fond et la forme, or, à côté de la seule application des règles, qui sont effectivement à la portée de celui qui a la curiosité de s’y intéresser, le vrai poète doit également faire preuve de créativité, d'imagination, d'audace, de vision, ce qui n'est pas universel. Pour les théoriciens du XIXe siècle, le mauvais poète écrit des vers et applique servilement les règles. Le XXe siècle nous a montré que le contraire est tout aussi vrai : le mauvais poète abolit les règles et n'en suit aucune. Le point commun entre ces deux mauvais poètes n'est donc pas la forme, mais la vacuité de leur contenu, le fond.

On pourrait en effet rétorquer aujourd'hui, avec la même certitude erronée que Banville, que le vers libre a été inventé par des poètes mineurs, voire médiocres, pour les écrivaillons du dimanche. Quels sont en effet les inventeurs du vers libre ? Le vers libre est une invention française, et les historiens de l’art s’accordent le plus souvent sur les noms de Gustave Kahn, Jules Laforgue ou Marie Krysinska, tous poètes aujourd’hui oubliés du grand public. Arthur Rimbaud est parfois cité pour ses poèmes Marines et Mouvement, sans doute dans le seul but de trouver une paternité bien plus prestigieuse. Si Ronsard, poète de premier rang, a rabaissé la poésie au rang du tout venant, c'est en inventant des règles ; si le vers libre, fils de poètes secondaires, a jeté la poésie au caniveau, c'est en les abolissant, voir la citation d'Aragon plus haut.

Or les auteurs du XIXe siècle qui critiquent les règles, s'ils ont effectivement assoupli les règles de Boileau, ne sont pas allés jusqu'au vers libre ; ils ont même parfois été plus sévères que les Classiques eux-mêmes : Banville, dans le même traité où il critique les règles, rejette tous les sonnets qui ne suivent pas la forme dite française, dénie aux poèmes de Hugo le titre de ballades et d'odes, préconise encore la rime pour l'œil, demande l'enrichissement des rimes et résume l'usage des diérèses et des synérèses en pestant contre Hugo pour quelques erreurs du maître. On est par ailleurs bien en peine de trouver la moindre faute de versification significative dans toute l'œuvre des grands auteurs du XIXe siècle, en particulier celles de Hugo ou de Banville.

Les audaces et les réformes des Romantiques dans le domaine du vers régulier nous paraissent aujourd'hui bien anecdotiques face à l'invention du vers libre. C'est que pour ces auteurs la poésie ne va pas sans le vers, et que le vers ne va pas sans la règle. On trouvera chez Mallarmé, que les surréalistes considèreront pourtant comme un précurseur, cette exclamation outrée à l'apparition du vers libre : « On a touché au vers ! » (conférence « La Musique et les Lettres », prononcée par Mallarmé à Oxford le 1er mars 1894), ou encore cette sentence :

« Que tout poème composé autrement qu’en vue d’obéir au vieux génie du vers, n’en est pas un. »
(Mallarmé, Divagations, Solennité, 1897).

Nos contemporains qui critiquent les règles sont souvent incapables de les appliquer, voire seulement de les exposer correctement : comme très souvent, la critique se fait pas ouï-dire, non par connaissance. Il n’est qu’à se reporter sur des sites d’associations poétiques ou des forums poétiques pour se rendre compte que des gens qui se proclament poètes sont souvent ignorants en matière de versification et sont bien incapables d’en définir les règles avec le vocabulaire adéquat (voir site SPAF Lorraine). Tout article, traité ou site de poésie utilisant le terme de pied pour parler du vers français prouve par là même son ignorance en la matière.

Le XXe siècle, comme de nombreux critiques commencent à l'analyser, est un désert poétique au même titre que le XVIIIe siècle. Le XXe siècle est un de ces passages à vide où l'art se noie dans les théories, les recherches, l’« avant-gardisme », mais d’où, au final, rien de grand ne sort. Le surréalisme a mal vieilli, engoncé dans son hermétisme : en abolissant la forme, le fond devient incompréhensible. L'OULIPO, qui s'érigea face au surréalisme, finira probablement aux oubliettes comme les grands Rhétoriqueurs de la fin du Moyen Âge : trop de contraintes tordues, aucun chef-d'oeuvre. Ces deux extrêmes concurrents dans le même siècle nous montrent, si besoin est, que la poésie est un équilibre à trouver entre fond et forme.

Ce qui a manqué au XXe siècle, du point de vue du fond, c'est le dépassement de soi, de son époque, de son temps : les poètes se sont englués dans les idéaux, comme le surréalisme dans le communisme, ils ont oublié la portée universelle de leur travail. A mon sens, la courte vue des artistes du siècle passé est plus que démontrée par leur fascination vis-à-vis de l'URSS, et, pour certains, du nazisme. La dérégulation du vers est à l’image de tout le XXe siècle, dans bien des domaines autres que l’art, notamment la finance et la morale. Nous en payons les conséquences en ce début de XXIe siècle avec une crise sans précédent qui touche aussi bien l’écologie que l’économie. Le désintérêt général du public pour toutes les formes d’art contemporain, le succès grandissant des expositions de peintures anciennes, la redécouverte de la musique baroque me semblent assez évocateurs d’un retour de balancier équivalent dans le domaine de l’art.

En conclusion, il est entendu que respecter les règles de la versification ne garantit pas la qualité du résultat, mais cela est aussi vrai que le non respect des règles ne produit pas nécessairement un chef-d’œuvre. Il est incontestable que la prose, qui est la forme la moins réglée, produit autant de déchets, si ce n’est plus, que le vers ; il n’est qu’à constater le nombre de romans édités par an et le nombre qui en restera dans le panthéon de la littérature. Un vers régulier sans idée aura au moins le mérite de la technique, ce qui est faible, je le reconnais volontiers. Une prose sans esprit n’a aucun intérêt : ni fond, ni forme.

Quant au vers libre, qui oserait encore comparer la production du XXe siècle aux chefs-d'œuvre du vers régulier ? Ne commettons cependant pas l'erreur de confondre l'outil et le contenu, et de condamner trop rapidement le vers libre : peut-être le vers libre a-t-il un potentiel, mais sans doute ne s'est-il pas encore trouvé un Ronsard ou un Hugo capable d'en tirer le meilleur parti. Plus d'un siècle après l'invention du vers libre, il serait temps pour son maître d'apparaître.

Mais peut-être le vers libre n'est-il qu'une chimère, peut-être n'est-il que cette impression laissée par le vers régulier maîtrisé au point que les règles en sont devenues invisibles. Peut-être la Muse n'est-elle personne d'autre que l'auteur lui-même s'étant dépassé, trouvant en lui des ressources insoupçonnées, et qui, ayant repoussé ses propres limites pour s'aventurer dans le domaine de la vraie création, préfère attribuer sa production à une intervention divine, par modestie hypocrite ou prétention sans borne, ou plutôt pour fuir toute responsabilité, car l'inspiration est une excuse commode pour nombre d'erreurs.

Il est temps pour la Poésie, après avoir balancé entre la rigidité des vers classiques du XVIIIe siècle et l’anarchisme du vers libre du XXe siècle, entre les poèmes fades des uns et les délires surréalistes des autres, de retrouver son équilibre, celui du fond et de la forme, celui qu'ont atteint les poètes de la Pléiade au XVIe siècle, et les Romantiques au XIXe. L'histoire est un perpétuel recommencement, une oscillation entre extrêmes. Osons augurer d’un véritable renouveau poétique pour le XXIe siècle. Osons prédire un retour au vers traditionnel, régulier, seul et véritable support de la vraie poésie. Osons espérer que les poètes recommenceront à regarder autre chose que leur nombril et que, se remettant à la recherche du Beau, ils retrouveront l’essence même de leur Art.

 

Au travail !

 

 

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Jules 17/01/2017 17:16

Bonsoir, je n'osais pas le dire mais je ne suis pas non plus fan de la police de caractère de vos essais, je ne savais pas dire pourquoi, merci à ce lecteur de l'avoir fait. Et comme lui j'apprécie le sobriété du reste, continuez.

Darius Hyperion 17/01/2017 18:15

Depuis le temps que je me disais qu'il fallait que je le fasse, voilà qui est fait !

Pierre de Cœur 23/04/2014 18:20

Comme débutant, je suis en train de boire avec avidité vos articles techniques qui répondent si bien à tant de questions que je me suis posé depuis que j'ai commencé. Comme informaticien habitué à trouver des tonnes d'informations, trop d'habitude, sur n'importe quel sujet, avoir tardé plusieurs semaines m'a surpris. Il y a bien sûr la typique info style Wiki mais la vôtre est la seule aussi complète. Je n'ai donc rien à commenter sur ces sujet mais à apprendre.

Néanmoins je voudrais le faire avec cet article qui est plus d'opinion car je le vis maintenant même. Romantique, j'ai toujours aimé la poésie et, à la fin de mon adolescence, j'ai essayé, vainement, d'exprimer en vers la peine extrême que m'avait causé la perte de mon premier amour. C'était la fin des années 60 et comme hippie que j'étais devenu, je ne pouvais accepter aucune règle et j'ai donc opté pour le vers libre. J'ai continué, dans un autre ton, lorsque j'ai connu ma femme, mais avec le même résultat insatisfaisant.

Il y a peu, une tourmente émotionnelle du même calibre m'a fait reprendre la plume, d'abord pour écrire un livre et sa recrudescence à reprendre la poésie car la prose ne me paraît pas suffisante pour exprimer mes sentiments. Cette fois-ci, j'ai essayé le contraire et je me suis soumis au format le plus classique - ou celui qui me le paraissait -, le sonnet. Pleins d’erreurs, bien sûr car je ne me souvenais plus ni de règles comme l'alternance des rimes. Mais, peu à peu, j'apprend et je les améliore grâce aux informations que je trouve ou on me donne. Je suis particulièrement content d'avoir trouvé votre site car il répond à beaucoup de questions que je me posais.

Mais ce qui m'a le plus surpris c'est que les règles, que je voyais avant comme un carcan, constituent maintenant un échafaudage pour m'aider à construire. Au début la poésie m'a attiré pour sa densité et la possibilité de limiter ma verbosité (ouf...) mais ce qui m'a surpris c'est qu'elle augmente ma créativité au lieu de la brider. Le problème de la page en blanc n'existe plus : la structure est posée. Une idée et je peux commencer à construire. Comme je suis débutant, j’expérimente avec diverses méthodes où algorithmes: commencer avec des mots, des images, des rythmes, des rimes, des hexasyllabes, des tétrasyllabes, etc. Mais les règles m'aident au lieu de me gêner. Ce qui me gêne, c'est de souvent ne pas les connaître et de ne pas être sûr de comment faire. J'ai perdu des semaines à résoudre la question des "e" muets car toutes les informations que je trouvais étaient incomplètes. Par exemple, il me paraissait qu'élider un "e" muet entre deux voyelles contredisait l'interdiction de hiatus. Ici je commence à comprendre non seulement parce que l'information est plus complète mais aussi parce que le "pourquoi" accompagne le "comment".

Merci donc pour cette fontaine d'information.



P.-S. Comme expert en convivialité et lecteur, je dois vous demander si vraiment il n'y avait pas une autre police que MS Comic Sans ?


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Pierre de Cœur

Pierre de Cœur 25/04/2014 02:01

Mieux vaut un interface spartiate que précieux, dans le sens poétique, ça je peux vous l'assurer. Et, si j'ai dit quelque chose c'est justement parce que cette police choque avec le reste qui est absolument correct.

Et je comprend parfaitement que vous n'ayez ni le temps ni l'envie de bidouiller le code. J'ai été codeur toute ma vie et je domine plus de 2 langages mais, la technique, c'est le passé pour moi. À mon âge (61) je n'ai pas le temps de me diviser. et pourtant, je rêve souvent d'un compilateur, ou au moins un parser et une analyseur de syntaxe, pour ma rose et vers. :-) . Mais je préfère dédier mon temps à la poésie. C'est aussi rentable car personne ne veut plus u codeur de mon âge... Mais vos articles seraient d'ailleurs une excellent base pour un travail ainsi grâce à l'optimale présentation des règles d'un façon rigoureusement structurée.

Enfin, peut-être dans une autre vie. :-)


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Pierre de Cœur

Darius Hyperion 24/04/2014 09:18

Sur ce site je dépends entièrement des moyens mis à disposition par over-blog, et ils sont limités.
Je pourrais aller bidouiller directement dans le code HTML, mais je n'en ai ni le temps, ni l'envie.
Comme je n'ai pas l'intention de payer pour accéder à d'autres fonctionnalités, ça ne risque pas de s'améliorer, hélas !
Alors je vais au plus spartiate, et je suis d'accord que ce n'est pas toujours heureux.

Pierre de Cœur 24/04/2014 06:05

En réalité moi aussi comme « geek » et « nerd » (de l'époque avant les ordinateurs) centré vers la science, j'étais pour les règles mais, au moment où j'ai senti le besoin d'écrire, sous la pression de la peine, je me suis retourné comme un gant et ai voulu tout changer. Heureusement, j'ai trouvé ma femme qui m'a remis sur le droit chemin :-) .

Et je suis tout à fait d'accord avec vos raisons (un excellent point déjà mentionné : vous expliquez le pourquoi en plus du comment) mais pas tant avec votre goût pour le e muets : je trouve que souvent le règles favorisent des constructions qui « sonnent » mal à mes oreilles bien que c'est peut-être parce que je n'utilise plus le français couramment depuis plus de 40 ans et l'espagnol et l'anglais, mes langues habituelles n'ont pas de caractéristiques similaires (au contraire du portugais, par exemple, mais je l'utilise encore moins que le français).

Et aussi, bien que je suis conscient que ce serait impudent pour un béotien comme moi prétendre les changer, je crois que les règles doivent évoluer avec le temps et je crois que quelques unes l'ont « oublié ». Je pense par exemple à la règle de Malherbe, comme vous dites bien, un pis-aller, mais, je crois, un pis-aller qu'il avait conçu comme transitoire et la transition ne s'est jamais produite. Enfin c'est l'avis d'un débutant enthousiaste mais ignorant.

Quant à la police de caractère, je comprend et partage votre goût pour une qui ait une aspect manuscrit mais MS Comic Sans est vraiment une des pires. Et, comme vous, je vais aussi vous dire pourquoi. D'abord il s'agit d'une police sans serif. La « sagesse » traditionnelle affirme que les police sans sont plus faciles à lire en tailles réduites et sur écran mais les études faites ne confirment pas cette croyance mais le contraire : les polices avec sérif sont toujours meilleures dans tous les cas. De plus, pour renforcer l'impression manuscrite de cette police, les caractères ont été dessinés de façon irrégulière, inconsistante, en essayant d'imiter les irrégularités de l'écriture manuelle. Mais, de la même façon que les pavés sérigraphiés avec de motifs « naturels », la répétition de ces irrégularités ne sont pas naturelle. C'est le contraire de la calligraphie où la régularité est recherchée. Et, en effet, ce genre de police perturbe la lecture parce que plus difficile et lent à lire (si vous voulez expérimenter, n'oubliez pas qu'une procédure aveugle est nécessaire pour bien juger car la vitesse à laquelle vous faites quelque chose n'est pas la même que celle à laquelle vous *percevez* le faire).

À mon avis, pour les articles techniques, une police traditionnelle es beaucoup mieux. Si vous voulez un peu plus d'élégance sans renoncer à la convivialité une police comme Garamond est très bien. Et pour les poèmes, je choisirais plutôt une police de type manuscrite copie de calligraphie. Si j'ai critiqué la police c'est parce que le reste est en général très convivial et facile à utiliser alors que la plupart de forums de poésie où je me suis inscrit donnent mal de tête avec quantité de graphiques, couleurs, polices, icônes, animations et autres sucreries visuelles au point de devenir écœurants et difficiles à manier et à naviguer. La seule chose commune entre ces sites et le vôtre est précisément la police MS Comic Sans... À part ça, je ne critiquerais que le fait que vous mettez vos titres en vert et que les liens ne changent pas de couleur (plus sombre) après avoir été visités.

J'en suis déjà à la troisième ou quatrième relecture de vos articles et je continue à y découvrir des choses nouvelles pour moi. :-) . J'ai même arrêté d'écrire...


--
Pierre de Cœur

Darius Hyperion 23/04/2014 20:32

En ce qui me concerne j'ai toujours été persuadé de l'intérêt des règles. Grand lecteur de poésie, je n'ai jamais réussi à retrouver le rythme des vers libres : comme il n'y a pas deux auteurs qui en écrivent pareillement, ou comme un même auteur varie de poème à poème, ça perturbe grandement la lecture. Logiquement, j'en ai déduit que les règles étaient un lien entre l'auteur et le lecteur, puisqu'elles sont universelles.
Par contre j'ai toujours eu du mal avec certains aspects des règles canoniques de versification, les diérèses notamment. Donc mes premiers écrits (mes quartions) n'ont pas suivi les règles, mais j'essayais d'en trouver des nouvelles. Echec. J'en suis donc revenu aux règles canoniques (je trouve les e muets très musicaux), mais toujours pas en ce qui concerne les diérèses.
Merci pour votre message

Pour la police de caractère, vous êtes bien le premier à me la reprocher. Moi j'aime bien cet aspect manuscrit. Est-ce que cela perturbe la lecture ?

Denis 13/09/2012 19:42


Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !


Pas moi qui l'aie cité! 


Un vin fait à votre personnalité, Darius, mais certainement pas du vinaigre, ça s'avale en tout cas sans grimace.


Amitiés!

Darius Hyperion 14/09/2012 08:51



Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac


Faut du nez pour apprécier le vin !



Denis 12/09/2012 22:31


Merci de ce bel article, sans concession mais étayé de fort belle manière.


De ma petite vigne modeste et mal exposée, je m'échigne à faire mon vin malgré tout avec honnêté, à chaque vendange, à l'améiorer. Je ne le vendrai pas, mais je suis fier de partager mes quelques
bouteilles avec mes rares amis reconnaissant mon labeur. Je n'en déguste qu'avec plus de délice le grand cru dont vous parliez plus haut quand j'en ai l'occasion.


Cordialement.

Darius Hyperion 13/09/2012 13:20



En ce qui me concerne, je produis à peine de quoi faire du vinaigre


Merci de votre passage



Zaz Chalumeau 25/04/2011 17:51



J'aime beaucoup cette évocation de transpiration dans l'écriture des poèmes par leurs auteurs les plus prestigieux que sont Hugo ou Rimbaud. Il est en effet assez courant et insupportable de
trouver sur Internet les vers approximatifs de poètes qui écrivent d'un jet et pensent sans rire arriver au nombril des poètes pré cités.


Je fais souvent cette expérience d'un vers assez beau qui vient spontanément. Cela s'appelle l'inspiration. Les 15 vers qui suivent, dans le cas d'un poème de quatre strophes, sont effectivement
souvent écrits dans la sueur et avec de nombreuses ratures.


Mon opinion est que le talent sans le travail ne mène nulle part.


 



Darius Hyperion 26/04/2011 13:35



Quelqu'un a dit "le talent sans travail n'est qu'un vilain défaut".
On est d'accord. Ca me rassure de trouver des gens qui pensent la même chose que moi sur le net.
Merci de votre passage