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Les Amertumes

Essai sur la ballade et le chant royal

27 Février 2008 , Rédigé par Darius Hyperion Publié dans #Essais de poétique

Toute reproduction complète ou partielle de ces essais interdite sans mon autorisation.

 

Cet essai n'est pas figé. Toute proposition d'amélioration, de correction, d'ajout, sera considérée : laissez-moi un commentaire.
 
Une ballade n'est pas un chant courtois qui raconte des exploits de chevaliers ou de héros romantiques dans un style vaguement moyenageux. S'arrêter à cette vague (et fausse) définition de la ballade, c'est ne contempler que la feuille au sommet de l'arbre qui cache la forêt.
 
I - Histoire
 
La ballade et le chant royal sont des formes fixes de poésie datant du Moyen Âge.
 
La ballade a pour étymologie le latin « ballare » qui veut dire « danser ». La ballade est en effet à ses débuts une chanson à danser, elle en garde le refrain.
 
Note : distinguer – « ballade », avec deux l, la forme de poème fixe – de « balade », avec un seul l, synonyme de promenade – même si les deux mots ont la même origine.
 
 
Jean Froissard, au XIVème siècle fut l’un des premiers à écrire des ballades à forme fixe. Guillaume de Machaut fut le dernier à écrire des ballades avec leur accompagnement musical, après lui chanson et poésie se séparaient pour longtemps et Machaut est considéré comme le dernier trouvère.
 
Eustache Deschamps, disciple et peut-être neveu de Machaut, détient le record du genre : il écrivit 1032 ballades, ainsi que 142 chants royaux. C'est dans son « Art de dictier et de fere chançons, ballades, virelais et rondeaulx » (1393) qu'il codifie la forme et fait le distingo entre poésie et chanson.
 
Les ballades les plus connues, et probablement les plus belles, se trouvent à la fin du Moyen Âge chez Christine de Pisan, Pierre Gringoire, François Villon, Alain Chartier et Charles d’Orléans. A cette époque, il n'est pas rare qu'un auteur écrive des receuils de plus de 50 ballades, comme plus tard certains poètes produiront des œuvres exclusivement constituées de sonnets.
 
A la fin du Moyen Âge, les Grands Rhétoriqueurs, comme Jean Meschinot, Jean Molinet, Jean Lemaire des Belges, Guillaume Crétin, multiplient les contraintes de forme, inventant les ballades balladantes, doubles ballades, ballades fratrisées, etc. En véritables précurseurs de l'OULIPO, les Rhétoriqueurs cherchent des moyens de création dans la contrainte formelle.
 
Or cette production des grands rhétoriqueurs est souvent de qualité assez médiocre, la poésie en étant très souvent absente : la multiplication des contraintes se fait au détriment de la clarté du propos, voire de l'intérêt même de ce propos. C'est sur ce constat qu'au XVIème siècle les auteurs de la Pléiade, préférant le sonnet et l’ode, récemment introduits en France, condamnent les formes fixes issues du Moyen Âge (non seulement les ballades, mais aussi les chants royaux, rondeaux, lais, etc.). Les ballades sont alors considérées comme des enfantillages, des reliquats du mauvais goût du Moyen Âge. C'est ce procès que leur fait Joachim du Bellay dans sa Deffense et Illustration de la langue Francoyse, Livre I, chapitre IV.
 
La ballade survécut un temps dans les concours poétiques (puys) de province puis disparut. Dans Les Femmes savantes, Acte III, scène 3, un siècle après du Bellay, Molière juge en mal les ballades et fait encore dire par Trissotin : "La ballade, à mon goût, est une chose fade. / Ce n'en est plus la mode; elle sent son vieux temps." De même Nicolas Boileau, dans L'Art poétique, chant II, écrit-il " La Ballade, asservie à ses vieilles maximes, / Souvent doit tout son lustre au caprice des rimes." Sous Louis XIV en effet, Jean de La Fontaine écrit quelques ballades, mais les auteurs que moquent Boileau et surtout Molière sont les poètes précieux (Vincent Voiture, Jean-François Sarazin, ...) qui eux aussi s'essayèrent à cette forme.
 
Comment peut-on ainsi accuser une forme qui a produit tant de chefs-d'œuvres au Moyen Age ? Du Bellay et Molière jugent sur les productions de leurs époques respectives, celles du Moyen Âge étant oubliées. Au temps de du Bellay, comme à celui de Molière, les poètes qui s'essaient encore à la ballade sont médiocres, soit, mais peut-on accuser un outil d'être mauvais quand l'artisan lui-même ne sait pas le manier ? Les vers de Boileau sont éloquents sur ce point : les Précieux font de la ballade un tour de force par le grand nombre de mots qu'elle nécessite pour chaque rime ; or, mal manipulée, cette forme peut effectivement s'apparenter aux "bouts-rimés", jeu qui consiste à juxtaposer tant bien que mal des rimes imposées. C'est le reproche qu'Auguste Dorchain fera encore à la ballade à la fin du XIXème siècle, tandis que Banville, au contraire, loue la difficulté de cette forme qui impose un réel travail au poète (voir liens infra).
 
Au XVIIIème en Angleterre, la ballade ne suivait pas les formes françaises. C’est pourtant par l’intermédiaire du romantisme anglais et de Victor Hugo que la ballade revint en France au XIXème siècle, dépouillée de toute structure fixe. Hugo intitule « Ballade » un poème lyrique ou exposant des exploits de héros à la manière du Moyen Âge.
 
Théodore de Banville écrira dans son « Petit traité de poésie française » : « J’ai à peine besoin de dire en terminant que les poëmes intitulés Ballades par Victor Hugo dans ses « Odes et Ballades », par analogie avec des poëmes appelés Ballades dans des pays autres que la France, ne peuvent raisonnablement s’appeler en France des Ballades. Car dans une même langue, le mot ne peut servir à désigner deux genres de poëmes absolument différents l’un de l’autre ; et pour le mot Ballade, en France, depuis longtemps la place était prise ».
 
Le même Banville publia « Trente-six ballades joyeuses à la manière de François Villon ». On trouve quelques ballades chez Paul Verlaine et Charles Cros. Edmond Rostand écrivit également une ballade pour sa pièce « Cyrano de Bergerac ». Maurice Rollinat écrivit également des ballades. Le XIXème siècle est donc un siècle de redécouverte de la ballade, bien plus que le XVIIème siècle. Mais cette renaissance, comme la précédente, fut de courte durée.
 
Au XXème siècle, Georges Fourest publie des ballades satiriques, mais de forme canonique. Les « Ballades françaises » de Paul Fort, à l’instar de celles de Hugo, n’ont plus aucun rapport avec les ballades médiévales.
 
Le chant royal
est une sorte d’extension de la ballade, du moins dans sa forme classique. A l'origine en effet ballade et chant royal sont deux formes bien distinctes, mais qui finirent par converger : la ballade apporta le refrain, le chant royal l'envoi.
 
Le chant royal fut employé principalement lors de concours (Puys de Caen, Rouen, etc.) : c'est dans le cadre de ces concours que sa forme fut codifiée et qu'il survécut aux proscriptions de la Pléiade, jusqu'à ce qu'il disparaisse avec eux pendant la Révolution, ayant perdu depuis longtemps de sa superbe.
 
Certains auteurs du XIXème siècle, dont Banville, en écrivirent en manière d’exercice, sans respect de la thématique religieuse (ceux de Banville sont satiriques).
 
II- La forme
 
La ballade et le chant royal sont des formes de poèmes à refrain. Le refrain est un vers repris à la fin de chacune des strophes et de l’envoi.
 
Il existe deux formes de ballades canoniques : la petite et la grande ballade. A noter qu’avant la codification de la ballade et sa convergence avec le chant royal, il existait des ballades sans envoi : on les qualifie de ballades primitives, écrites en octosyllabes ou décasyllabes (4//6).
 
Les principaux schémas de rimes de la ballade primitive sont :
3x(ABABBCC[B])      (où [] indique le vers refrain)
3x(ABABCCD[D])
(formes employées par Guillaume de Machaut).
 
La petite ballade s’écrit en octosyllabes sur trois rimes. Elle est constituée de trois huitains suivis d’un envoi, ou demi-strophe de quatre vers. Les trois strophes sont écrites selon le même schéma de rimes. L’envoi est écrit selon le schéma de rimes de la deuxième moitié d’une strophe.
 
Le schéma de rimes canonique de la petite ballade est :
3x(ABABBCB[C])   +   BCB[C]
 
La grande ballade s’écrit en décasyllabes (4//6) sur quatre rimes. Elle est constituée de trois dizains suivis d’un envoi, ou demi-strophe de cinq vers. Les trois strophes sont écrites selon le même schéma de rimes. L’envoi est écrit selon le schéma de rimes de la deuxième moitié d’une strophe.
 
Le schéma de rimes canonique de la grande ballade est :
3x(ABABBCCDC[D])   +   CCDC[D]
 
Il existe une variante de la grande ballade dans laquelle le cinquième ou sixième vers de chaque strophe (excepté l’envoi) est raccourci par rapport aux autres : Eustache Deschamps emploie, par exemple, un heptasyllabe.

---***---
 
Note : les strophes canoniques des petite et grande ballades sont dites « carrées » : le nombre de syllabes des vers correspond au nombre de vers d'une strophe :
- 8 pour la petite ballade,
- 10 pour la grande ballade.
 
Elles sont de plus symétriques par le milieu :
- ABAB / BCBC pour la petite ballade,
- ABABB / CCDCD pour la grande ballade.


---***---

Il existe enfin deux formes de double ballade. La double ballade, comme son nom l’indique, double le nombre de strophes d’une ballade, mais s’écrit sans envoi le plus souvent.
Les deux schémas de rimes possibles de la double ballade sont :
- double petite ballade 6x(ABABBCB[C])   écrite en octosyllabes
- double grande ballade 6x(ABABBCCDC[D])   écrite en décasyllabes (4//6)
L'envoi d'une double ballade (rare) est, de même que pour la ballade simple, écrit sur le schéma de rime de la seconde moitié d'une strophe.

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Le chant royal s’écrit en décasyllabes (4//6) sur cinq rimes. Il est constitué de cinq onzains suivis d’un envoi, ou demi-strophe de cinq vers. Les cinq strophes sont écrites selon le même schéma de rimes. L’envoi est écrit selon le schéma de rimes de la deuxième moitié d’une strophe.
 
Le schéma de rimes canonique du chant royal est :
5x(ABABCCDDED[E])   +   DDED[E]
Telle est du moins la forme rapportée par Banville.
Il existe en effet des variantes.
 
L'envoi du chant royal "banvilien" est parfois constitué de 7 vers CCDDED[E].
Un autre schéma de rimes existe communément dans les puys , antérieurement à celui rapporté par Banville :
5x(ABABBCCDED[E])   +   CCDED[E]
L'envoi peut dans ce cas également être sur 5 vers DDED[E].
 
Dans ce poème la place des rimes masculines et féminines est imposée, puisque le refrain du chant royal doit être un vers féminin. Le chant royal, en effet, fut principalement utilisé pour louer la Vierge Marie ; en son honneur le refrain devait donc être féminin. Ayant moi-même découvert cette particularité après leur rédaction, mes propres chants royaux ne répondent pas à cette exigence, mea culpa.

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Ballades et chant royal en quelques chiffres :
-    petite ballade : 28 vers, la rime B intervient 14 fois
-    grande ballade : 35 vers, la rime C intervient 12 fois
-    chant royal : 60 vers, la rime D intervient 18 fois
-    double petite ballade : 48 vers, la rime B intervient 24 fois
-    double grande ballade : 60 vers, les rimes B et C interviennent 18 fois chacune
 
Banville note : « De tous les poëmes français, la ballade, simple ou double, est celui peut-être qui offre les plus redoutables difficultés, à cause du grand nombre de rimes pareilles, concourant à exprimer les aspects divers d’une pensée ou d’un sentiment uniques, qu’il faut imaginer et VOIR à la fois. » Cette remarque est valable tout autant pour le chant royal.
 
Cette famille de poèmes montre effectivement, si besoin est, que le choix des rimes se fait AVANT l’écriture, et non PENDANT l’écriture. Il n’est pas question d’entreprendre une ballade sans vérifier auparavant que le nombre de mots disponibles et utilisables pour chaque rime est suffisant.
 
D’autre part, la présence du refrain dans la ballade et le chant royal oblige l’auteur à préparer le déroulement de son texte AVANT l’écriture. En effet, si chaque strophe peut présenter un aspect différent d’un thème, elle doit invariablement converger vers le refrain qui la conclue. Etablir le plan du poème AVANT d’écrire est donc une nécessité. Chaque strophe est en effet liée aux autres par le refrain, un peu comme les têtes de Cerbère sont reliées au même corps. Le refrain doit par conséquence être choisi avec soin et surtout revenir sans que ce rappel ne paraisse lourd ou inopportun. Le lecteur sait par avance que la strophe se finit par le même vers que la strophe précédente et les suivantes, mais chaque nouvelle itération doit le surprendre.

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Les schémas de rimes de la petite ballade et du chant royal ne permettent pas de suivre la règle d’alternance des rimes masculines et féminines au changement de strophe. Cette règle n’est apparue qu’après la codification de ces formes. Certains poètes du XIXème siècle ont tenté d’y remédier en changeant l’ordre des rimes, ces essais furent sans suite, puisque la ballade retomba en désuétude aussitôt après.
 
Il est alors toléré de juxtaposer deux rimes différentes de même genre au changement de strophe, mais pas à l’intérieur de la strophe (respect de l'alternance intrastrophique, alternance interstrophique non respectée). Ainsi, pour la strophe de la petite ballade ABABBCBC, si A et C sont masculines, B est féminine (et réciproquement). Au changement de strophe nous avons donc les rimes C et A juxtaposées de même genre. Il en va de même pour le chant royal.
 
En revanche pour la strophe de la grande ballade ABABBCCDCD, si A et C sont masculines, B et D sont féminines (et réciproquement, l'alternance intrastrophique est donc respectée). Au changement de strophe nous avons donc les rimes D et A juxtaposées de genres opposés (alternance interstrophique respectée).
 
III- Le contenu
 
La ballade est un poème courtois. François Villon y a introduit la gauloiserie, voire une grossièreté certaine (si les ballades en jargon sont effectivement de lui, ce qui n'est pas prouvé). Tous les thèmes peuvent être abordés dans la ballade, mais le plus souvent le contenu est lyrique : l’auteur y expose ses sentiments, ses amours, ses peurs, ses bonheurs, ses malheurs… Dans ses nombreuses ballades, Eustache Deschamps évoque les divers aspects de la vie à son époque. Villon écrivit également une prière en forme de ballade (Ballade  pour prier Notre-Dame). Mais, contrairement au poète romantique, le poète de la ballade, s’il déballe ses états d’âmes, le fait dans un but précis : celui de toucher une personne désignée dans l’envoi, comme nous le verront plus bas.
 
Le chant royal est à l'origine une grande allégorie dont l’explication est donnée dans l’envoi. Les thèmes des chants royaux sont alors issus de la Bible ou exposent les exploits de membres de la famille royale.

A la fin du Moyen Âge, le chant royal devint la forme principale imposée dans les concours (ou puys) de Rouen, Caen, Toulouse, etc. Le thème récurrent et imposé était alors les vertus et louanges de la Vierge Marie : en conséquence, les règlement imposaient un refrain en vers féminin. Ce refrain était proposé par le vainqueur (prince) du concours de l'année précédente, auquel devait s'adresser l'envoi du chant royal, qui commençait donc invariablement par « Prince » voire « Prince du Puy ».
 
Je ne reviens pas sur le rôle du refrain, que j’ai évoqué dans la section précédente. Inutile de préciser que le refrain est certainement l’un des premiers vers qui doivent être trouvés pour écrire une ballade, puisqu’il contient le thème et la conclusion du poème.
 
L’envoi a une grande importance dans les ballades et dans le chant royal. Comme son nom l’indique, l’envoi est écrit comme un message envoyé à une personne, généralement une personne de haute lignée, aussi devrait-il commencer invariablement par « Prince » (« Prince Jésus, qui sur tout a maîtrie » - Ballade des pendus ou Epitaphe Villon). Banville, encore lui, note : «  Il va sans dire que cette règle de commencer l’envoi par le mot Prince (ou Roi, ou Reine, ou Sire) subit de nombreuses exceptions, même chez Gringoire, Villon, Charles d’Orléans et Marot, car on n’a pas toujours sous la main un prince à qui dédier sa Ballade. » A l’heure de la Vème République, cette remarque est plus que jamais d’actualité.
 
Pour garder son rôle de message, l’envoi devra donc commencer par un vocatif, c'est-à-dire le titre, le nom, ou un qualificatif quelconque désignant la personne à qui le poème est adressé, comme nous commençons nos lettres par « Madame », « Monsieur », « Chers parents », « Mon Amour » etc. En conclusion, si le poète raconte ses ennuis pécuniers, c’est pour attirer l’attention d’un mécène, s’il parle de sa peur de la prison, c’est pour demander sa grâce à un puissant, s’il parle de ses sentiments, c’est pour attirer le regard d’une belle… Il faut donc voir la ballade et le chant royal comme des missives, non comme de simples poèmes.
 
IV- Ceci est une ballade, ceci est un chant royal
 
Jean Froissart - petite ballade (sans envoi)
 
S'Empereour, Roi ou Soudant,  (sultan)
Prince, Duch, Conte ou aultre gent,
Soient gentil homme ou marchant,
Seculier ou gent de couvent,
Avoient cascuns plainnement
Otant qu'a ou monde de biens,
Si vous ai je bien en couvent :
Qui n'a se plaisance, il n'a riens.

Je le di pour moi ; non pour quant
Li pluiseur m'en blament souvent,
Et me mettent ces poins devant :
"Prens que tu aies ton talent,
Aras te pour ce plus d'argent ?"
Mes je leur di : "Avoirs est fiens,
Ni je ne prise che noient :
Qui n'a se plaisance, il n'a riens."

J'aroie plus chier maintenant
De ma doulce Dame au corps gent
Un tout seul amoureux samblant,
Ou un baisier secretement,
Que ne feroie en un moment
Estre sire des terriiens.
Pour quoi ? Pour ce certainnement :
Qui n'a se plaisance, il n'a riens.
 
Guillaume de Machaut - ballade primitive
 
Honte, paour, douptance meffaire
Attemprance mettre en sa volente
Large en refus et lente d'octroy faire
Raison mesure, honneur et honnestre
          Doit en son cuer figurer,
Et mesdisans seur toutes riens doubter
Et en tous fais estre amoureus couarde,
Qui de s'honneur wet faire bonne garde.
 
Sage en maintieng, au bien penre exemplaire
Celer a point s'amor et son secre,
Simple d'atour et non vouloir attraire
Pluseurs a li par semblant d'amitie
          Car c'est pour amans tuer
Foy, pais, amour et loyaute garder
Ce sont les poins que dame es son cuer garde
Qui de s'honneur wet faire bonne garde.
 
Quar quant amour maint en cuer debonnaire,
Jone, gentil, de franchise paré,
Plain de cuidier et de joieus afaire
Et de desir par plaisence engenré
          C'est trop fort a contrester
Qu'il font souvent senz et mesure outrer
Pour ce ades pense a ces poins et resgarde
Qui de s'honneur wet faire bonne garde.
 
Jehan Regnier – petite ballade
 
On remarquera le refrain passé en proverbe (Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse)
 
Las, j'ay en mon temps trespassé
Maint dangier et maint adventure,
Mais je me tiens pour trespassé
Car ceste cy passe mesure.
Point ne convient que je m'excuse.
Car folement fis l'entreprise,
Parquoi convient que je l'endure,
Tant va le pot à l'eau qu'il brise.
 
Se j'eusse mon fait compassé
Et advisé la voye seure
Helas, point ne fusse passé
Par voye qui fust tant obscure.
De compaignie n'avoye cure
Qui fut bien cause de ma pise,
Pour cë en ay douleur tresdure :
Tant va le pot à l'eau qu'il brise.
 
Tant dolent suis et tant lassé
Que du tout je me deffigure,
Car oncques riens je n'amassé
Pour moy oster de ceste ordure,
S'aucune bonne créature
A mon povre fait si n'avise,
Ce sera ma desconfiture ;
Tant va le pot à l'eau qu'il brise.
 
ENVOI
 
Prince, roy des cieulx, or procure
Pour moy, se ta main n'y est mise
Ici sera ma sepulture :
Tant va le pot à l'eau qu'il brise.

Guillaume Crétin - Chant royal de l'arbre de vie
 
L'Arbre de Vie est une allégorie de la Vierge Marie
 
Le maistre ouvrier en vraye agriculture
Planta jadis au terrestre verger
Arbres plusieurs, de fruict et floriture
Belles a veoir et doulces a manger ;
Dont ordonna une fructueuse ente
De ses clozier et cloziere estre exempte
Du fruict cueillir ; mais le serpent hideux
Si fort souffla qu'en mangerent tous deux,
Soulz fainct blazon de parole fardee ;
Pour ce fut veue a l'occasion d'eux
L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.
 
L'arbre touchee avoit telle nature
Que la science aprenoit de leger
Du bien et mal, et par coup d'avanture
Faisoit la vie au mangeant abreger ;
Mais se l'homme eust en pensee innocente
Gardé justice originelle absente,
Au mesme instant qu'en desir convoiteux
Gousta le fruict deffendu, fort piteux,
N'eust sa fortune en tel point hazardee ;
Car il avoit pour repas non doubteux
L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.
 
Moult différente est l'arbre en nourriture
A celle ayant goust de mortel danger,
Elle preserve ung corps de pourriture,
Et vivifie en tout sans rien changer ;
Elle a vertu si grande et excellente,
Que ne l'actaint froidure violente
Grésil, frimas, gresle, vent despiteux,
Divers oraige estrange et hazardeux
N'ont la beauté de son tainct blasfardee ;
Mais fut et est pour humains souffreteux
L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.
 
Le cherubin du verger ayant cure
Garde tousjours celle arbre endommager ;
Glayve trenchant et ardente closture
Font de ce lieu tous perilz estranger.
Or entendons, Eve est l'arbre dolente,
Marie aussi celle très redolente ;
L'une a porté germe deffectueux,
Et l'autre si très digne et vertueux
Que par luy fut paix au monde accordee ;
Dont bien se nomme, a tiltre sumptueux,
L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.
 
Le Createur voulant sa creature
Du fyer dragon plutonique venger,
L'arbre a gardee entiere sans fracture,
Et mal n'y sceut loy commune exiger ;
Corruption d'originelle sente
Onc n'encourut, et fault que d'elle on sente
Racyne, tyge et branches vers les cieux
Estre exaltez, sans ce qu'aer vicieux
Ayt la vertu de sa fleur retardee ;
Veu qu'a produit fruict sur tous précieux,
L'Arbre de Vie en tout temps bien gardee.
 
Prince du puy, ne soions soucieux,
Fors d'humble bouche et cueur devocieux
Tenir la Vierge, en concept regardee,
Estre en despit des faulx seditieux
L'Arbre de Vie en tous temps bien gardee.

 

 

Les 36 ballades joyeuses de Banville

Ballades de Banville

Parmi lesquelles on trouvera deux exemples de doubles ballades.
 
V- Ceci n’est pas une ballade
 
Victor Hugo - La Légende de la Nonne - Odes et ballades

 

Venez, vous dont l’œil étincelle,
Pour entendre une histoire encor,
Approchez : je vous dirai celle
De doña Padilla del Flor.
Elle était d’Alanje, où s’entassent
Les collines et les halliers.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !

 

Il est des filles à Grenade,
Il en est à Séville aussi,
Qui, pour la moindre sérénade,
À l’amour demandent merci ;
Il en est que d’abord embrassent,
Le soir, de hardis cavaliers.
- Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers !

VI- Références


Livres

Mille et cent ans de poésie française, B. Delvaille, Ed. Robert Laffont

Petit traité de poésie française, Th. de Banville - Gallica

La ballade et le Chant royal, Jacques Roubaud, Ed. Belles Lettres

 

Et mes propres poèmes

 

Mes ballades

Mes chants royaux

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lunastrelle 28/09/2011 21:57



Je ne suis pas sûre, mais je crois qu'il y a eu un bug avec mon précédent commentaire. Je m'en excuse. Bon, en tout cas, ce n'est pas grave, je reformule mon avis dans un autre.


Pour moi, le chant royal est une forme intéressante parce qu'elle tient autant du poème que de l'Ode. Elle se chante, se respire. C'est aussi une forme très contraignante, voilà pourquoi je
vérifie toujours à partir de sources sérieuses si je ne suis pas dans l'erreur. Votre essai m'a donc aidée, merci pour cela.


Oui, je suis sur La Passion Des Poèmes. Je me souviens aussi avoir lu vos écrits là-bas!


Cordialement.



Darius Hyperion 29/09/2011 11:44



"Source sérieuse", merci, merci


Heureux que d'anciens de LPDP pensent encore à moi.


Poétiquement



lunastrelle 26/09/2011 19:34



Bonsoir,


 


Suite à votre message envoyé au Webmaster d'Oniris, je reviens par ici afin de vous confirmer que c'est moi qui suis passée sur votre blog. La raison en est simple: c'était simplement pour
confirmer la forme du chant royal et vérifier sa structure.


Je vous souhaite une agréable soirée,


Cordialement,


Lunastrelle



Darius Hyperion 27/09/2011 08:49



Bonjour,


C'est dommage que je ne puisse accéder à votre page sur Oniris. Les gens qui s'intéressent au chant royal sont rares, j'aurais aimé savoir ce que vous en dites, pour compléter mes connaissances
sur le sujet.


En tous cas si mon propre essai sur le sujet a pu vous aider, tant mieux.


Cordialement


PS Lunastrelle, étiez-vous sur La Passion Des Poèmes ?



Patrick 01/03/2008 08:42

L'essai est tranformé si j'ose dire. Présentation exaustive d'une forme fixe dans la poésie. A quand un recueil complet sur l'ensemble de la versification ?

Darius Hyperion 01/03/2008 10:22

J'ai encore d'autre essais en stock, le temps de les remettre en forme. Le recueil, c'est sans doute pour dans très longtemps. Et le vôtre ?Merci