Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les Amertumes

En Retard

1 Avril 2013 , Rédigé par Darius Hyperion Publié dans #Sonnets

{sonnet irrégulier - darique}

 

Les Cheveux ramassés dans un Chignon rebelle,
Ses Mains tentent en vain d'y planter un Crayon,
Seul Bijou semble-t-il trouvé dans le Rayon
Qui maintiendrait le Tout en une étrange Ombelle.

Au Mur, calme et patient, le Miroir tatillon
Prodigue ses Conseils tandis que, sans Robe, elle
S'applique Crème et Fard ; peut-elle être plus belle ?
« Deux Minutes, promis ! Trouve mon Médaillon. »

Or jamais à ce Train nous ne serons à l'Heure ;
La Remarque l'agace et dans l'Affolement
Elle se rate un Œil, et puis l'autre, elle en pleure.

Mes Bras s'ouvrent d'un Coup sans mon Consentement
- La Promesse bien sûr n'avait été qu'un Leurre.
Tant pis Corneille, ici le Drame est plus charmant.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Darius Hyperion 26/04/2013 14:05

J'aimerais expliquer l'intérêt que je porte à cette forme irrégulière, en contradiction avec mon aversion prononcée pour les sonnets irréguliers en général.
Pour moi, les formes canoniques du sonnet, à savoir la marotique ABBA ABBA CCD EED et la française ABBA ABBA CCD EDE, souffrent toutes deux d'un excès de rimes plates. La forme marotique compte 4 rimes plates (BB BB CC EE), 5 si l'on inclut le passage AA entre quatrains. La forme française en compte une de moins.
Les deux formes canoniques présentent en particulier une rime plate au premier tercet que Pétrarque aurait probablement désapprouvée. La rime plate au début des tercets est une invention de Clément Marot, qui introduisit le sonnet en France ; aussi la forme marotique est-elle improprement qualifiée d'"italienne".
Pétrarque utilisait aux tercets des rimes mêlées CDE CDE (impraticables en France car les rimes C et E de même genre ne peuvent être juxtaposées au changement de strophe) ou des rimes CDC DCD. Cette dernière disposition m’a semblé intéressante pour son renversement des rimes.
J’ai ensuite voulu retrouver ce renversement aux quatrains, d’où ABBA BAAB. Cette disposition n’est en fait qu’une extension de celle des tercets, puisque en y supprimant les rimes plates on retrouve ABA BAB.
Dans la forme globale ABBA BAAB CDC DCD se trouve donc : un renversement aux quatrains, un renversement aux tercets, et une forme réduite des quatrains dans les tercets. Cela me semble particulièrement structurant pour la progression du thème, comme si le sonnet allait en se concentrant jusqu’à la chute. Cette impression est renforcée par le nombre identique de rimes aux quatrains (A B) et aux tercets (C D), alors que dans les formes canoniques il y a 3 rimes aux tercets (C D E) contre deux aux quatrains (A B) : pour moi il y a dispersion quand il devrait y avoir concentration.
Il y a une sorte d’harmonie géométrique dans cette disposition des rimes du sonnet "darique" qui, à mon sens, fait cruellement défaut dans les formes canoniques marotique et française. D’autre part, cette forme ne contient plus que deux rimes plates (AA BB).

jfb 03/04/2013 13:35


Sauf que dans le sonnet roumain, les vers font 11 syllabes.


On est donc bien en présence d'un sonnet... darique :)

Darius Hyperion 03/04/2013 15:53



En France la "cadence nationale" comme disait Malherbe c'est l'alexandrin. Donc prendre un schéma de rimes roumain et un vers français, c'est l'Europe !


Au final on ne m'a montré qu'un seul exemple de sonnet "roumain", chez Eminescu. Donc, en ayant écrit trois moi-même, et sans avoir connaissance du sonnet d'Eminescu, je baptise cette forme
"sonnet darique" jusqu'à ce qu'on me prouve que cette forme porte déjà un nom et a été utilisée de façon intensive ailleurs.


Portez la nouvelle auprès des poètes, fidèles lecteurs, un nouveau sonnet irrégulier est né chez quelqu'un qui ne les aime pas !


Ca tient du miracle !



jfb 02/04/2013 18:15


Sans aller jusqu'en Roumanie et sans remonter jusqu'à Pétrarque, on trouve ça aussi chez Ronsard :


 


Je plante en ta faveur cet arbre de Cybèle,
Ce pin, où tes honneurs se liront tous les jours :
J'ai gravé sur le tronc nos noms et nos amours,
Qui croîtront à l'envi de l'écorce nouvelle.

Faunes qui habitez ma terre paternelle,
Qui menez sur le Loir vos danses et vos tours,
Favorisez la plante et lui donnez secours,
Que l'Été ne la brûle, et l'Hiver ne la gèle.

Pasteur, qui conduiras en ce lieu ton troupeau,
Flageolant une Eglogue en ton tuyau d'aveine,
Attache tous les ans à cet arbre un tableau,

Qui témoigne aux passants mes amours et ma peine ;
Puis l'arrosant de lait et du sang d'un agneau,
Dis : " Ce pin est sacré, c'est la plante d'Hélène. "

Darius Hyperion 02/04/2013 19:14



Les quatrains sont canoniques ABBA ABBA, et non inversés ABBA BAAB, ce n'est pas la forme "roumaine".


Non, non, la forme que j'emploie est bien différente de Pétrarque ou Ronsard. On la trouve chez Eminescu.



Pierre Carré 02/04/2013 10:43


Le schema ABA BAB des tercets était déjà utilisé par Francesco Petrarca (voir ses sonnets Benedetto sia 'l giorno et I' vidi in terra angelici costumi). Rien d'étonnant donc si
on le retrouve chez Asachi qui fut fortement influencé par Pétrarque. Quand on dit que Gheorghe Asachi (1788-1869) a créé le sonnet roumain, je crois qu'il faut entendre qu'avant lui, cette forme
n'était pas connue en Roumanie.


J'ai également retrouvé ce schema dans le Sonetto de Nicollo Machiavelli.


 

Darius Hyperion 02/04/2013 13:38



Effectivement Pétrarque utilisait ABBA ABBA CDC DCD, c'est une des formes canoniques italiennes avec ABBA ABBA CDE CDE, impratiquable en France avec l'alternance des rimes féminines et
masculines.


Mais la forme "roumaine" inverse les quatrains ABBA BAAB CDC DCD.



Abran 02/04/2013 10:12


En tout point en accord avec vous. A vous lire.


 


HB A