Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les Amertumes

Le Naufragé

17 Mai 2008 , Rédigé par Darius Hyperion Publié dans #Quatrains

L'Être, en sombrant au Fond des Abysses salés,
Regarde s'éloigner la Surface où scintille
Un Astre azuréen, pâle et frêle Lentille
Qui déforme en tremblant les Mondes désolés.
 
L'Être s'enfonce et songe au Jour de sa Naissance,
L'aveuglante Lumière à la Source du Temps,
Quand l'Œil toujours ouvert des grands Léviathans
Approche lentement sa froide Évanescence.
 
« Pourquoi me rejeter ? Seigneur, quel est mon Tort ?
Pourquoi prendre en Péché ma petite Insolence ? »
Mais d’en haut ne parvient que la Voix du Silence
Lorsqu’un Bras ventousé saisit l’Être et le tord.
 
« Quel est ton Nom, Mortel, Créature chétive ?
Que cherche un Fils de l’Autre en ce Gouffre de Sel ? »
La Plaine aqueuse rend mille Fois cet Appel,
L’Être noyé répond à la Question plaintive :
 
« Je n’étais que Poussière, Il m’a soufflé dessus.
Depuis j’erre partout où se porte sa Vue,
De la riche Contrée à celle dépourvue
Je traîne ma Colère et mes Espoirs déçus.
 
– Colère ? Que sais-tu de ce Mot ? – Je suppose
Qu’Il n’a pas de Dessein. – Qu’en sais-tu ? » Brusquement
L’Eau noircit. « L’Homme naît, vit et meurt, mais Lui
ment :

Le Saint gît dans la Boue, au Tyran toute Chose ;
 
Pour chacun même Fin, même Mort. – Qu’en sais-tu ?
– De Cendre on redevient Cendre. – Et l’Âme ? – Hypothèse !
– Qu’en sais-tu ? – Nul Secret que la Science nous taise,
Aujourd’hui l’Homme explique, Ô Calamar têtu.
 
– Mais l’Être cherche ici son ultime Réponse
Et la Peur l’envahit. – Non ! – Tu trembles pourtant !
– Le Froid ! – Non ! L’Attirance et le Doute latent ;
Tu veux et crains l’Instant où le Savoir renonce.
 
– Qu’en est-il ? Le sais-tu ? – De la Cause à l’Effet !
Le Nombre et le Hasard tout entiers se révèlent
Par ma Bouche. Veux-tu connaître ce que cèlent
Mes trois Cœurs et mon Bec ? Parle, et sois satisfait ! »

………………………………………………………………………………………………………………………………………………
 
À l’Heure où le Soleil s’apprête à disparaître
Sur la Côte buvant son Sang d'un Air pensif,
Un Bras de Mer s’élance, enlace le Récif
Et rejette le Corps inanimé de l’Être.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Zoldane 04/06/2008 21:17

Ce poème est de loin mon préféré, j'admire le style de ton écriture...merci de ta visite sur nom blog et pour tes encouragement...A bientôt, Amitiés Zoldane

Darius Hyperion 05/06/2008 20:37


Merci.
Si vous souhaitez de l'aide sur la prosodie, n'hésitez pas à me contacter.
Cordialement


Patrick 21/05/2008 22:57

Bel ouvrage avec un excellent rythme. Merci pour votre avis et vos remarques sur mes textes.

Darius Hyperion 15/06/2008 23:22


Travail de rythme, oui. Le dialogue n'est pas facile en vers.
Quant à vos poèmes, je crois que je n'aurai plus grand chose à vous dire sur la forme maintenant.
Cordialement