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Castalie : fontaine située au pied du Mont Parnasse en Grèce, considérée par les Anciens, avec l'Hippocrène sur le Mont Hélicon, comme une source d'inspiration pour les poètes.

Vous qui aimez la belle poésie où la forme est toute aussi importante que le fond, vous qui cherchez de l'aide sur les règles séculaires, bienvenue dans la communauté Castalie !
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La forme

Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense.
(
Baudelaire - Lettre à Armand Fraisse du 18 février 1860)
L'art nait de contrainte, vit de lutte et meurt de liberté.
(André Gide - L'Evolution du théâtre)

L'art est toujours le résultat d'une contrainte.
Croire
qu'il s'élève d'autant plus haut qu'il est plus libre,
c'est croire que ce qui retient le cerf-volant de monter,
c'est sa corde.
(André Gide - Nouveaux Prétextes)
Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit
   Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.
(Théophile Gautier - L'Art)

Le correcteur

Sur tout nous convient avoir quelque savant et fidèle compagnon, ou un ami bien familier,

voire trois ou quatre, qui veuillent et puissent connaître nos fautes,

et ne craignent point blesser notre papier avec les ongles.
(Joachim du Bellay, Défense et illustration de la langue française, chapitre XI)

Craignez-vous pour vos vers la censure publique,
Soyez-vous à vous-même un sévère critique :
L'ignorance toujours
est prête à s'admirer.
Faites-vous des amis prompts à vous censurer ;
Qu'ils soient de vos écrits les confidents sincères,
Et de tous vos défauts les zélés adversaires :
Dépouillez devant eux l'arrogance d'auteur.
Mais sachez de l'ami discerner le flatteur :
Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue.
Aimez qu'on vous conseille, et non pas qu'on vous loue.

(Nicolas Boileau, Art Poétique, Chant I-182)

L'ego scriptor

Je est un autre.
(Arthur Rimbaud - Lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871)
Samedi 22 mars 2008

 

Toute reproduction complète ou partielle de ces essais interdite sans mon autorisation.

Cet essai n'est pas figé. Toute proposition d'amélioration, de correction, d'ajout, sera considérée : laissez-moi un commentaire.


S'arrêter au seul mécanisme de reprise des vers du pantoun, c'est ne considérer que le grain de sable au sommet de la plus haute dune du Sahara.

I- Histoire

Le pantoun est l'une des formes fixes les plus récentes de la poésie française.

Au XIXème siècle Victor Hugo reprit dans les notes de ses Orientales la traduction en prose d'un poème malais (cf. plus bas). Une coquille d'impression ayant transformé le véritable nom "pantoun", du malais "pantun berkait", en "pantoum", cette dernière dénomination fut utilisée. La tendance actuelle est de revenir au nom d'origine: "pantoun".

Bientôt, Théophile Gautier produisit un poème intitulé "pantoum" qui ne respecte aucune des règles qui définiront cette forme par la suite (ne serait-ce que par la présence d'un thème unique) : le seul rapport entre ce poème et le pantoun rapporté par Hugo est la reprise des papillons et d'une certaine couleur orientalisante du thème. Dans les éditions ultérieures de son oeuvre, ce poème sera d'ailleurs débaptisé. D'autres auteurs moins connus tentent également d'écrire des pantouns,  dont Charles Asselineau et Louisa Pène-Siefert chez qui la forme canonique se met peu à peu en place, tout en oubliant encore, pour certains, la nécessité des deux thèmes parallèles.

C'est Théodore de Banville qui codifie les règles de la forme et les expose dans son "Petit traité de poésie française". Cette forme fixe fut surtout pratiquée par les Parnassiens. Les pantouns les plus connus sont ceux de Charles Leconte de Lisle (Les Pantouns Malais de Leconte de Lisle - Wikipédia).

On trouve un poème apparenté au pantoun chez Charles Baudelaire (Harmonie du soir), et un autre chez Paul Verlaine (Pantoum négligé). Comme nous le verrons, ces poèmes, bien que souvent pris en exemples, sont de faux pantouns.
La mauvaise pratique contemporaine du pantoun vient sans aucun doute du fait que ces deux auteurs sont aujourd'hui bien plus connus que Banville et Leconte de Lisle. Sans débattre des qualités respectives des uns et des autres, force est de constater que pour le pantoun, comme pour le sonnet, ce sont, hélas ! les mauvais élèves en matière de formes fixes qui ont fait école.

II- La forme

Un pantoun s'écrit en quatrains. Pour que le mécanisme de reprise des vers soit sensible, le nombre de quatrains doit être au minimum de six. Le nombre de quatrains n'est pas limité. La règle de closure du pantoun, ainsi que la règle d’alternance des rimes masculines et féminines, imposent que le nombre de quatrains soit pair.

Le schéma de rime des quatrains est croisé (ABAB BCBC CDCD etc. ZAZA).

Les deuxième et quatrième vers d'un quatrain deviennent respectivement le premier et troisième vers du quatrain suivant. Tout l'art du poète se révèle dans ces reprises successives qui, à la longue, peuvent devenir lassantes. Le véritable poète, qui se double d'un grand technicien tant du vers que de la langue, évitera de travailler par vers indépendants, chaque vers constituant une phrase à part entière (selon le schéma basique sujet-verbe-complément). Il faut pouvoir créer en divers endroits des vers ne contenant que des compléments ou des subordonnées qui se rattachent naturellement aux vers amont et aval auxquels ils sont juxtaposés successivement. Travailler par vers-phrase est une véritable erreur (dans le pantoun comme dans tout autre poème d'ailleurs) et une preuve flagrante de manque de souplesse de l'expression de l'auteur, de son manque d'imagination qui ne dépasse pas le cadre d'un vers quand elle devrait au minimum s'étendre sur un quatrain complet, ainsi que de son manque de maîtrise de la technique et de la langue. L'erreur inverse consiste à écrire des vers ne contenant que des compléments, chaque distique n'étant ainsi constitué que de morceaux de phrases sans structure. 

Un quatrain contient donc au minimum deux phrases complètes, avec sujet, verbe et complément et les deuxième et quatrième vers se terminent obligatoirement par une ponctuation forte (point, point d'exclamation, point d'interrogation).

Le premier vers du pantoun est repris en dernier vers, c’est la règle de closure. Cette règle permet de relier les deux thèmes du poème, comme nous le verrons au paragraphe suivant.

Dans le pantoun ainsi défini, le troisième vers du premier quatrain et le deuxième du dernier quatrain ne sont pas repris, tandis que tous les autres apparaissent deux fois. Une variante intéressante du pantoun est de reprendre
le troisième vers du premier quatrain en deuxième du dernier quatrain : de cette façon tous les vers apparaissent deux fois et les deux thèmes se retrouvent liés encore plus intimement ; le pantoun se retourne alors, comme dans un ruban de Möbius, pour un mouvement perpétuel.

Le pantoun s'écrit en octosyllabes ou en décasyllabes (5//5).
Un vers plus court lasserait le lecteur à cause du mécanisme de redite des vers, et laisserait peu de place à l’épanouissement de la phrase. Un vers trop long (alexandrin) diluerait l'effet recherché de redite, notamment la reprise des rimes.

III- Le contenu

Le pantoun s'écrit en entrelaçant deux thèmes. Le premier est traité dans les deux premiers vers de chaque strophe. Le second est traité dans les autres vers. Chaque quatrain du pantoun se compose donc au minimum de deux phrases, les troisième et quatrième vers se terminant par une ponctuation forte (point, point d'interrogation, point d'exclamation).

Le premier thème, d'ordre général, donne une ambiance, un contexte. Le deuxième thème exprime un sentiment, une réflexion, du moins est beaucoup plus intimiste. A priori les deux thèmes n'ont pas de rapport entre eux.

Tout l'art du poète consiste à créer des connexions imperceptibles entre les deux thèmes, par exemple par des concordances ou des oppositions entre les deux demi-strophes : mouvements parallèles ou opposés des personnages ; bruits dans l'un des thèmes, silence dans le deuxième ; métaphore ou allégorie dans le premier thème explicitée dans le second, etc.

Ces deux thèmes s'entrelacent donc tout au long du poème, en tissant des liens, puis finalement se rejoignent par la reprise du premier vers (premier thème) en dernier vers (deuxième thème
) par la règle de closure.
Il ne s'agit donc pas d'écrire deux poèmes en un, mais bien un seul et unique poème basé sur deux thèmes liés étroitement l'un à l'autre par des jeux de métaphores, d'oppositions, pour que ces deux thèmes ne soient que le reflet l'un de l'autre.

Par son mécanisme de redite, de retour et d'élan de la phrase, le pantoun se prête facilement à la poésie érotique, pour laquelle il fut utilisé en Malaisie. En effet, le piétinement de la phrase crée une tension intellectuelle et nerveuse qui peut servir à reproduire les impatiences des amants, leurs élans, leurs doutes. Néanmoins, le pantoun ne se cantonne pas à cette seule thématique.

IV- Ceci est un pantoun

Je donne ici le premier pantoun "acclimaté" en France. Il s’agit d’une traduction en prose d’un pantoun Malais que reproduit Victor Hugo dans la note XI de son receuil Les Orientales [lien vers Gallica]. Ce texte me semble intéressant pour le développement des deux thèmes. Pour un pantoun versifié selon les règles, voir les deux exemples suivants.

Les papillons jouent à l'entour sur leurs ailes ;
Ils volent vers la mer, près de la chaîne des rochers.
Mon cœur s'est senti malade dans ma poitrine,
Depuis mes premiers jours jusqu'à l'heure présente.
 
Ils volent vers la mer, près de la chaîne de rochers...
Le vautour dirige son essor vers Bandam.
Depuis mes premiers jours jusqu'à l'heure présente,
J'ai admiré bien des jeunes gens ;

Le vautour dirige son essor vers Bandam,...
Et laisse tomber de ses plumes à Patani.
J'ai admiré bien des jeunes gens ;
Mais nul n'est à comparer à l'objet de mon choix.

Il laisse tomber de ses plumes à Patani…
Voici deux jeunes pigeons !
Aucun jeune homme ne peut se comparer à celui de mon choix,
Habile comme il l'est à toucher le cœur.

Pantoun Malais de Charles Leconte de Lisle
Poème à connotation érotique. Premier thème bruyant et chaotique d'un orage. Deuxième thème : une fille qui dort dans la quiétude d'une case.

L'éclair vibre sa flèche torse
A l'horizon mouvant des flots.
Sur ta natte de fine écorce
Tu rêves, les yeux demi-clos.

A l'horizon mouvant des flots
La foudre luit sur les écumes.
Tu rêves, les yeux demi-clos
Dans la case que tu parfumes.

La foudre luit sur les écumes,
L'ombre est en proie au vent hurleur.
Dans la case que tu parfumes
Tu rêves et souris, ma fleur!

L'ombre est en proie au vent hurleur,
Il s'engouffre au fond des ravines.
Tu rêves et souris, ma fleur!
Le coeur plein de chansons divines.

Il s'engouffre au fond des ravines
Parmi le fracas des torrents.
Le coeur plein de chansons divines
Monte, nage aux cieux transparents!

Parmi le fracas des torrents
L'arbre éperdu s'agite et plonge.
Monte, nage aux cieux transparents,
Sur l'aile d'un amoureux songe!

L'arbre éperdu s'agite et plonge,
Le roc bondit déraciné.
Sur l'aile d'un amoureux songe
Berce ton coeur illuminé!

Le roc bondit déraciné,
Vers la mer ivre de sa force.
Berce ton coeur illuminé!
L'éclair vibre sa flèche torse.

Pantoun de Louisa Siefert

Ce poème merveilleux, curieusement tronqué à ses quatres dernières strophes sur tous les sites qui le mentionnent, a été écrit par une jeune femme de 20 ans. Il enlace le thème du temps qui passe, au sens chronologique du terme, annonce d'une mort précoce (Louisa mourut à 32 ans), et celui du temps des saisons qui s'écoule et voit le retour de l'automne, précédant l'hiver. Les deux thèmes sont liés par cette fuite irrémédiable, l'un étant l'allégorie de l'autre.

 

Vraiment j'ai vingt ans révolus,
Ma première enfance est enfuie.
- Hélas ! les beaux jours ne sont plus,
C'est l'automne, voici la pluie.


Ma première enfance est enfuie,
Mes premiers muguets sont passés.
- C'est l'automne, voici la pluie,
Les nuages sont amassés.


Mes premiers muguets sont passés,
Mon aubépine est effeuillée.
- Les nuages sont amassés,
La prairie est toute mouillée.


Mon aubépine est effeuillée,
Et j'ai pleuré sur ses débris.
- La prairie est toute mouillée,
Plus de soleil, le ciel est gris.


Et j'ai pleuré sur ses débris.
Pourtant, ce n'était rien encore.
- Plus de soleil, le ciel est gris,
Le bois de rouge se colore.


Pourtant ce n'était rien encore,
D'autres fleurs s'ouvraient sous mes pas.
- Le bois de rouge se colore
Mais le beau temps ne revient pas.


D'autres fleurs s'ouvraient sous mes pas
J'ai teint de mon sang leurs épines.
- Mais le beau temps ne revient pas,
La sève descend aux racines.


J'ai teint de mon sang leurs épines.
Adieu, fleurs qu'on ne peut cueillir.
- La sève descend aux racines,
La nature va défaillir.


Adieu, fleurs qu'on ne peut cueillir :
Joie, amour, bonheur, espérance !
- La nature va défaillir
Dans une indicible souffrance.


Joie, amour, bonheur, espérance,
Que vous étiez beaux autrefois !
- Dans une indicible souffrance,
Faut-il que tout meure à la fois ?


Que vous étiez beaux autrefois,
Au clair soleil de la jeunesse !
- Faut-il que tout meure à la fois ?
Est-il sûr qu'un jour tout renaisse ?


Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d'été, moi, j'ai cru.
- Est-il sûr qu'un jour tout renaisse,
Après que tout a disparu ?


Pauvre enfant d'été, moi, j'ai cru !
Et tout manque où ma main s'appuie.
- Après que tout a disparu,
Je regarde tomber la pluie.


Et tout manque où ma main s'appuie.
Hélas ! les beaux jours ne sont plus.
- Je regarde tomber la pluie...
Vraiment, j'ai vingt ans révolus.


IV- Ceci n'est pas un pantoun

Harmonie du soir de Baudelaire (Les Fleurs du Mal)
Pourquoi : 1- un seul thème, 2- alexandrins, 3- schéma de rimes embrassées et non croisées, 4- règle de closure non respectée.
"Cela danse", écrit Baudelaire ; "Quel ronron naïf, et quelle indigente pensée !" dit Etiemble (Quelques essais de littérature universelle, 1982. Gallimard.). Malgré toute l'admiration que je voue à Baudelaire, je ne suis pas loin de partager l'opinion d'Etiemble : ce poème n'est pas ce que l'auteur des Fleurs du Mal a fait de mieux.

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Pantoum négligé de Verlaine (Jadis et naguère)
Dans le poème suivant, le mécanisme de reprise des vers est fortement perturbé.

Trois petits pâtés, ma chemise brûle.
Monsieur le Curé n'aime pas les os.
Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux !

Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
On dirait d'un cher glaïeul sur les eaux.
Vivent le muguet et la campanule !
Dodo, l'enfant do, chantez, doux fuseaux.

Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux !
Trois petits pâtés, un point et virgule;
On dirait d'un cher glaïeul sur les eaux.
Vivent le muguet et la campanule !

Trois petits pâtés, un point et virgule ;
Dodo, l'enfant do, chantez, doux fuseaux.
La libellule erre emmi les roseaux.
Monsieur le Curé, ma chemise brûle !

V- Références

Livres
Petit Traité de poésie Française, Th. de Banville - Gallica

Echelle et papillons, Le Pantoum, Jacques Jouet, Ed. Les Belles Lettres

Internet
Au bout de la plume
Wikipédia - article auquel j'ai contribué

Et mes propres poèmes
Mes pantouns

Par Darius Hyperion - Publié dans : Essais de poétique - Communauté : Castalie
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