AVIS AUX POETES Je me propose d'aider les personnes intéressées parla versification, les rimes et les formes fixes de poèmes (sonnets, ballades,
pantouns, etc.) selon les règles. Je ne vous apporterai que mon aide technique,
vous restez, bien entendu, l'auteur de vos poèmes. Toute personne intéressée peut m'envoyer l'un de ses écrits par courriel direct à darius.hyperion@hotmail.fr. Mon emploi du temps étant assez chargé, je vous répondrai dans les meilleurs délais, mais je ne garantis pas une
réponse immédiate. Vous pouvez également consulter mes essais sur les règles et les formes fixes en cliquant ici. (Ces
essais sont le fruit de mes recherches, merci de les respecter. Toute reproduction complète ou partielle interdite sans mon accord) Merci de votre visite.
Si vous ne deviez me lire qu'une fois Le Palais des Muses (I à XIII)
épopée satirique en 12 chants et demi de tierces rimes
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Lire le recueil dans sa logique Les Amertumes
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Communauté Castalie
Castalie : fontaine située au pied du Mont Parnasse en Grèce, considérée par les Anciens, avec l'Hippocrène sur le Mont Hélicon, comme une source d'inspiration pour
les poètes.
Vous qui aimez la belle poésie où la forme est toute aussi importante que le fond, vous qui cherchez de l'aide sur les règles séculaires, bienvenue dans la communauté Castalie !
Conditions nécessaires et suffisantes : accepter la critique, savoir discuter et argumenter, effectuer des corrections.
Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense. (Baudelaire - Lettre à Armand Fraisse du 18 février 1860)
L'art nait de contrainte, vit de lutte et meurt de liberté. (André Gide - L'Evolution du théâtre) L'art est toujours le résultat d'une contrainte.
Croire qu'il s'élève d'autant plus haut qu'il est plus libre,
c'est croire que ce qui retient le cerf-volant de monter,
c'est sa corde. (André Gide - Nouveaux Prétextes) Point de contraintes fausses
!
Mais que pour marcher droit
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit. (Théophile Gautier - L'Art)
Le correcteur
Sur tout nous convient avoir quelque savant et fidèle compagnon, ou un ami bien familier,
voire trois ou quatre, qui veuillent et puissent connaître nos fautes,
et ne craignent point blesser notre papier avec les ongles. (Joachim du Bellay, Défense et illustration de la langue française, chapitre XI) Craignez-vous pour
vos vers la censure publique,
Soyez-vous à vous-même un sévère critique :
L'ignorance toujoursestprête à s'admirer.
Faites-vous des amis prompts à vous censurer ;
Qu'ils soient de vos écrits les confidents sincères,
Et de tous vos défauts les zélés adversaires :
Dépouillez devant eux l'arrogance d'auteur.
Mais sachez de l'ami discerner le flatteur :
Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue.
Aimez qu'on vous conseille, et non pas qu'on vous loue. (Nicolas Boileau, Art Poétique, Chant I-182)
L'ego scriptor
Je est un autre. (Arthur Rimbaud - Lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871)
L'Ombre s'allonge en tout Endroit,
Le Soir revient avec le Froid,
C'est l'Heure de rentrer, c'est l'Heure
Où la Ville s'endort,
Où de larges Yeux d'Or
S'ouvrent au pied de ma Demeure.
Un Baillement laisse entrevoir
L'Éclair d'un Croc perçant le Noir ;
Et bientôt c'est la Farandole :
Ils courent dans la Nuit,
L'un chasse, l'autre fuit,
Un Cri s'effarouche et s'envole.
Les Étoiles pour seuls Témoins
Ne rapporteront néanmoins
Que d'improbables Commérages
Sur un Monstre velu,
Un Tueur résolu,
Qui hanterait les Parages.
Au Matin le Peuple groupé
Veut mon Chat sur le Canapé ;
Mais qui dans cet Être fragile
Vautré sur son Coussin
Verrait un Assassin
Aussi redoutable qu'agile ?
Il ronfle comme un Bienheureux
Sur le Tissu qui forme un Creux.
Où sont les Lames acérées
Qui meurtrirent les Chairs ?
On met tout à l'Envers,
Il dort toutes Griffes rentrées.
Joue encore, beau Musicien,
Il est doux d'entendre ta Flûte ;
De tes fins Doigts de Magicien
Joue encore, beau Musicien.
Aux Accents de cet Air ancien
Je m'abandonnerai sans Lutte.
Joue encore, beau Musicien,
Il est doux d'entendre ta Flûte.
Sens, mon Cœur bat, mon Souffle est court,
Ta Musique entre dans mes Veines,
Le Rythme s'enfle et me parcourt,
Sens, mon Cœur bat, mon Souffle est court.
En moi le Sang s'échauffe et sourd,
Ô cachons ces Rougeurs soudaines !
Sens, mon Cœur bat, mon Souffle est court,
Ta Musique entre dans mes Veines !
Pan qui soufflait dans des Roseaux
En ce bel Art fut-il ton Maître ?
Il rendait jaloux les Oiseaux,
Pan qui soufflait dans des Roseaux !
Moi qui suis prise à tes Réseaux,
Je veux fuir et viens me soumettre.
Pan qui soufflait dans des Roseaux
En ce bel Art fut-il ton Maître ?
Je veux fuir et viens me soumettre,
Va, tourne et danse autour de moi,
Mais ne t’approche pas d’un Mètre !
Je veux fuir et viens me soumettre ;
Je sais ce que tu voudrais m’être,
Vois ma Tourmente et mon Émoi :
Je veux fuir et viens me soumettre !
Va, tourne et danse autour de moi.
Ô mon Cœur, que me fais-tu dire ?
Il n'est qu'un Charmeur de Serpents,
Rien de plus qu'un vilain Satyre !
Ô mon Cœur, que me fais-tu dire ?
Ma Tête, reprends ton Empire,
Temps, reprends ton Vol en suspens !
Ô mon Cœur, que me fais-tu dire,
Il n'est qu'un Charmeur de Serpents !
Va-t-en, mon beau Joueur de Flûte,
Laisse mon Rêve sans Regret
S'évanouïr dans sa Volute.
Va-t-en, mon beau Joueur de Flûte,
C'est contre l'Ennui que je lutte,
Tu l'avais un Moment distrait.
Va-t-en, mon beau Joueur de Flûte,
Laisse mon Rêve sans Regret.
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Un rondeau n’est pas seulement un petit poème naïf. Qui s'arrête à cet aspect du poème ne contemple que la goutte d’eau qui fait déborder l’océan. C'est dire que le rondeau, sous toutes ses
formes, est bien plus qu’un petit poème ludique et facétieux.
I- Histoire
Il n'existe pas une, mais plusieurs formes de rondeaux : le triolet, le rondel, le rondeau. Chacune de ces formes est en effet issue de la précédente
par une succession de codifications et marquent une étape de la poésie en général. On remarquera que chacune de ces formes a porté au moment de son apparition le nom de rondeau ou rondel
; les terminologies actuelles sont bien plus tardives et sont pour le moins artificielles. Les mots rondel et rondeau sont en fait deux orthographes du même mot, c'est le même phénomène
linguistique que l'on trouve dans beau/bel/belle, escabeau/escabelle, Isabeau/Isabelle.
Comme la ballade, le rondeau est à l'origine une chanson accompagnée de musique. Le rondeau comporte alors deux vers répétés en refrains dans une strophe : c'est la forme que nous appelons
aujourd'hui le triolet. Guillaume de Machaut écrivit et mit en musique de nombreux rondeaux sous cette forme.
Il semble que ce soit Eustache Deschamps, disciple et peut-être neveu de Machaut, qui codifiaà la fin du XIVème sièclela forme du rondeau connue
aujourd'hui sous le nom de rondel. C'est cette forme qu'utilisent au XVème siècle Charles d'Orléans et François Villon. A cette époque,
poésie et musique se sont séparées : en musique, le rondeau désigne un air dont le premier motif se répète au milieu et à la fin.
Durant la période des Grands Rhétoriqueurs, le rondeau, comme la ballade et bien d'autres formes, fut doublé : il existe désormais une forme de rondeau
redoublé, que Marot appelle rondeau parfait. Il semblerait que ce soit Jean Marot, le père de Clément,
l'inventeur de cette forme (voir article de la revue Loxias).A la charnière des XV et XVIème siècle, la forme subit une nouvelle mutation : c'est le rondeau tel que
nous le connaissons aujourd'hui et que pratiquent Roger de Collerye etClément
Marot.
Le rondeau, comme la ballade, le lai et les formes issues du Moyen Âge est condamné par les poètes de la Pléiade. Mais si la ballade et le lai ne s'en remirent jamais, le rondeau connut un âge
d'or sous Louis XIII et Louis XIV avec les Précieux. Le maître du rondeau est alors Vincent Voiture qui écrit des petits poèmes pleins d’esprit. Signalons également Isaac de
Benserade qui, sur demande de Louis XIV, traduisit en rondeaux les Métamorphoses du poète latin Ovide pour le Dauphin.
Le rondeau subit une nouvelle éclipse avant d'être redécouvert au XIXème siècle. Tristan Corbière publie ses « Rondels pour après » dans « Les Amours jaunes » en 1873,
Théodore de Banville «Rondels»en 1875, après avoir décrit les diverses formes dans son « Petit Traité de poésie française » en 1872, Maurice
Rollinat en fait la forme quasi exclusive de ses recueils « Dans les brandes » (l877) et « Névroses » (1883). Emile Nelligan, qui est un peu le Arthur Rimbaud
canadien, compte dix-sept rondels parmi ses 160 poèmes. Stéphane Mallarmé produisit également quelques rondels.
Le rondeau est aujourd'hui de nouveau éclipsé.
II- La forme
Sous toutes ses formes, le rondeau s'écrit en octosyllabes ou en décasyllabes (4//6). L'octosyllabe semble toutefois plus fréquent dans le
triolet et le rondel, le décasyllabe dans le rondeau. L'alexandrin rend ce petit poème lourd et pataud. Les poèmes sont isométriques. La particularité des poèmes de cette famille est
d'avoir non pas un, mais plusieurs vers servant de refrains, ou un refrain incomplet.
Le rondeau-triolet ou triolet est construit sur deux rimes et comporte huit vers. Le premier vers revient en quatrième et septième vers. Le deuxième vers
revient en huitième vers.
Un triolet a pour schéma canonique :
[A][B]A[A]AB[A][B]
où [A] et [B] marquent les vers refrains.
Il arrive dans d'anciens manuscrits que le triolet soit découpé en trois strophes selon : [A][B] - A[A] - AB[A][B]
Ce qui expliquerait son évolution en rondel.
Le triolet peut être composé d'une strophe unique de huit vers, mais également de plusieurs strophes sur le
même schéma. Le nombre de strophes n'est pas fixé, mais il peut atteindre et dépasser largement la dizaine. D'une strophe à l'autre les rimes et les refrains changent.
Une succession de triolets s'écrira donc selon le schéma :
[A][B]A[A]AB[A][B] - [C][D]C[C]CD[C][D] - [E][F]E[E]EF[E][F] - etc.
Le rondeau ancien ou rondel est constitué de trois strophes écrites sur deux rimes. Les deux premiers vers de la première strophes sont repris en derniers
vers de la deuxième strophe. Le premier vers de la première strophe revient en outre en dernier vers de la troisième strophe.
Le rondel a pour schéma canonique :
[A][B]BA - AB[A][B] - ABBA[A]
où [A] et [B] marquent les vers refrains.
Il semblerait que le refrain du rondel ne soit pas réellement fixé, du moins se trouve-t-il des refrains tronqués dans des manuscrits et de vieilles éditions de poèmes du Moyen Âge. Il arrive que
seul le premier vers soit repris, voire seulement un rentrement, à l'instar de la forme postérieure du rondeau dit "nouveau". Est-ce un soucis d'économie, le copiste ou l'éditeur supposant que,
la forme étant connue de tous, il n'est pas nécessaire de réécrire tout le refrain ? Certains chercheurs en débattent, d'autant que l'absence de ponctuation dans les plus vieux écrits permet de
nombreuses interprétations du sens. En tous cas, cela expliquerait le passage du rondel au rondeau.
Le rondeau nouveau ou rondeau est lui aussi constitué de trois strophes sur deux rimes. Sa particularité est d'avoir un refrain incomplet, appelé
rentrement, constitué par le début du premier vers de la première strophe.
Le rondeau a pour schéma canonique :
[A]ABBA - AAB[a] - AABBA[a]
où [a] est le rentrement tiré du vers [A].
Le rentrement est constitué du début du premier vers du rondeau. La quantité de syllabes de ce rentrement n'est pas fixée. D'autre part, le rentrement ne constitue pas un vers et ne rime pas, il
ne répond donc pas à la règle d'alternance des genres des rimes féminines et masculines : il peut indifféremment être du même genre ou du genre opposé à celui du vers qui le précède.
Le rondeau redoublé ou rondeau parfait a pour particularité d'avoir quatre refrains. En effet, les quatre vers de la première strophe reviennent
successivement en dernier vers des quatre strophes suivantes. Les quatre strophes centrales du rondeau redoublé constituent en quelque sorte une glose du quatrain initial. Enfin, une sixième et
dernière strophe est complétée par un rentrement pris au tout premier vers du poème.
Le rondeau redoublé s'écrit selon le schéma canonique :
[A*][B*][A**][B**] - BAB[A*] - ABA[B*] - BAB[A**] - ABA[B**] - BABA[a*]
III - Le fond
Boileau, dans L’Art poétique chant II, écrit de façon laconique « Le Rondeau, né gaulois, a la naïveté. »
Les rondeaux sont en effet des poèmes légers par leur structure. Cette légèreté provient des vers courts (octosyllabes le plus souvent) et de la reprise des refrains à intervalles très
proches qui ne permet pas de longs développement de la phrase. De plus, le travail sur deux rimes dans toutes ces formes peut, comme dans le cas de la ballade, virer rapidement aux
« bouts-rimés ».
Il ne faut toutefois pas confondre forme et thème. Les rondels d’Orléans et de Villon nous montrent que la légèreté de la forme n’empêche en rien un sujet grave et inspiré : le temps qui
passe, la nostalgie, la mort, sont des thèmes profonds qui conviennent au rondeau aussi bien que les plaisanteries d’un Voiture ou d’un Benserade. En cela je m’inscris en faux par rapport à
Banville et Dorchain qui ne retiennent que le côté facétieux du rondeau précieux, voire sa naïveté selon le mot de Boileau. Le vers de ce dernier tendrait même à lui donner un côté
« gaulois » qui, si nous l’interprétons avec tous les sous-entendus de ce terme, pourrait pousser ce pauvre rondeau sur des pentes bien savonneuses. Il n’en est rien. Le rondeau peut aborder tous les thèmes, et la poésie lyrique peut y prendre sans difficulté tout son essor.
Plus que dans le sonnet peut-être, le poète doit y faire preuve de concision et de précision. Comme pour la ballade, la présence de refrains ne doit pas paraître comme une contrainte, mais comme
une façon d’exprimer un thème de plusieurs manières qui invariablement convergent l’une vers l’autre. Le retour du refrain doit donc se faire logiquement dans le déroulement du poème et non par
un placage brutal et inopportun. C’est ici que le poète fera ses preuves : en utilisant toutes les possibilités, nuances, subtilités de la langue.
On notera avec quel art Voiture travaille ses refrains, qui prennent un sens différent à chaque occurrence. Sans aller jusque là, on notera dans le rondel de Villon donné plus loin (Mort,
j’appelle de ta rigueur) l’interprétation du refrain qui est donnée par les chercheurs (rappelons que, par manque de ponctuation dans les écrits du Moyen Âge, la reconstitution de celle-ci est
toujours sujette à caution). Dans le premier vers Mort est le sujet de la phrase, dans la seconde strophe c’est une question, dans la troisième, une exclamation.
En conclusion, le rondeau est certes un petit bijou d’orfèvrerie, mais son éclat n’en est pas moindre que celui d’un sonnet. C’est un concentré de technique, un mécanisme encore plus précis, une
marge d’erreur encore plus réduite. Quant au thème, le rondeau n’est pas qu’un poème naïf ; il a montré à de nombreuses reprises que tous
les thèmes lui conviennent, et pas seulement les mots d’esprits.
IV - Ceci est un rondeau
Guillaume de Machaut – Rondeaux (Triolets)
(en heptasyllabes)
Doulz viaire gracieus,
De fin cuer vous ay servy.
Weillies moy estre piteus,
Doulz viaire gracieus
Se je sui un po honteus
Ne me mettes en oubli :
Doulz viaire gracieus,
De fin cuer vous ay servy.
---
Quand Colette Colet colie (cajole)
Elle le prend par le colet. (le cou)
Mais c'est trop grant mélancolie,
Quand Colette Colet Colie.
Car ses deux bras à son col lie
Par le doux semblant de colet. (en manière d’un doux collier)
Quand Colette Colet colie,
Elle le prend par le colet.
Jean Froissart - (Triolet)
Mon coeur s'ébat en odorant la rose
Et s'éjouit en regardant ma dame :
Trop mieux me vaut l'une que l'autre chose.
Mon coeur s'ébat en odorant la rose.
L'odeur m'est bon, mais du regard je n'ose
Jouer trop fort, je vous le jur' par m'âme.
Mon coeur s'ébat en odorant la rose
Et s'éjouit en regardant ma dame.
Théodore de Banville - Les Cariatides - Triolet, à Philis
Si j’étais le Zéphyr ailé,
J’irais mourir sur votre bouche.
Ces voiles, j’en aurais la clé
Si j’étais le Zéphyr ailé.
Près des seins pour qui je brûlai
Je me glisserais dans la couche.
Si j’étais le Zéphyr ailé,
J’irais mourir sur votre bouche.
Alphone Daudet - Les Amoureuses - Les Prunes (triolet)
De tous côtés, d'ici, de là,
Les oiseaux chantaient dans les branches,
En si bémol, en ut, en la,
De tous côtés, d'ici, de là,
Les près en habits de gala
Etaient pleins de fleurettes blanches.
De tous côtés, d'ici, de là,
Les oiseaux chantaient dans les branches,
Fraîche sous son petit bonnet,
Belle à ravir, et point coquette,
Ma cousine se démenait,
Fraîche sous son petit bonnet.
Elle sautait, allait, venait,
Comme un volant sur la raquette :
Fraîche sous son petit bonnet,
Belle à ravir, et point coquette,
Arrivée au fond du verger,
Ma cousine lorgne les prunes ;
Et la gourmande en veut manger,
Arrivée au fond du verger.
L'arbre est bas ; sans se déranger
Elle en fait tomber quelques-unes.
Arrivée au fond du verger, Ma cousine lorgne les prunes ;
Elle en prend une, elle la mord,
Et me l'offrant: "Tiens" me dit-elle.
Mon pauvre cœur battait si fort;
Elle en prend une, elle la mord.
Ses petites dents sur le bord
Avaient fait des points de dentelle...
Elle en prend une, elle la mord,
Et me l'offrant: "Tiens" me dit-elle.
Ce fut tout, mais ce fut assez;
Ce seul fruit disait bien des choses;
(Si j'avais su ce que je sais!)
Ce fut tout, mais ce fut assez.
Je mordis, comme vous pensez,
Sur la trace des lèvres roses:
Ce fut tout, mais ce fut assez;
Ce seul fruit disait bien des choses.
Oui, Mesdames, voilà comment
Nous nous aimâmes pour des prunes:
N'allez pas l'entendre autrement.
Oui, mesdames, voilà comment.
Si parmi vous pourtant, d'aucunes
Le comprenaient différemment,
Ma foi, tant pis ! voilà comment
Nous nous aimâmes pour des prunes.
Charles d'Orléans - (Rondel)
Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye,
Et s'est vestu de brouderie
De soleil luyant, cler et beau.
Il n'y a beste, ne oyseau,
Qu'en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissié son manteau !
[De vent, de froidure et de pluye !]
Rivière, fontaine et ruisseau
Portent, en livrée jolie,
Gouttes d'argent, d'orfavrerie,
Chascun s'abille de nouveau :
Le temps a laissié son manteau.
François Villon - (Rondel)
Mort, j'appelle de ta rigueur,
Qui m'as ma maîtresse ravie,
Et n'es pas encore assouvie
Si tu ne me tiens en langueur :
Onc puis n'eus force ni vigueur ;
Mais que te nuisoit-elle en vie,
Mort ? [j'appelle de ta rigueur,
Qui m'as ma maîtresse ravie]
Deux étions et n'avions qu'un coeur ;
S'il est mort, force est que dévie,
Voire, ou que je vive sans vie
Comme les images, par coeur,
Mort ! [j'appelle de ta rigueur]
Maurice Rollinat - Les Névroses (Rondel)
Le vent d'été baise et caresse
La nature tout doucement :
On dirait un souffle d'amant
Qui craint d'éveiller sa maîtresse.
Bohémien de la paresse,
Lazzarone du frôlement,
Le vent d'été baise et caresse
La nature tout doucement.
Oh ! quelle extase enchanteresse
De savourer l'isolement,
Au fond d'un pré vert et dormant
Qu'avec une si molle ivresse
Le vent d'été baise et caresse.
Roger de Collerye- (Rondel - Rondeau)
Cessez, cessez, gendarmes et piétons,
De pilloter et manger le bon homme
Qui de longtemps Jacqu' Bon-Homme se nomme,
Duquel blés, vins, et vivres achetons.
D'autant que nous et lui vous souhaitons
La corde au col, et que mort vous assomme,
Cessez, cessez, gendarmes et piétons,
De pilloter et manger le bon homme.
Gages en or, en monnaie, et testons
Du Roi avez en assez bonne somme ;
Puisque par vous l'on perd repos et somme,
Et que du rang des méchants vous mettons,
Cessez, cessez, gendarmes et piétons.
---
D'ung tel ennuy que je souffre et endure,
Femme, fleur, fruyt, ne plaisante verdure,
Ne me sçauraient nullement resjouyr ;
Faulte d'Argent me faict esvanouyr ;
Jà long temps a que ce malheur me dure.
Bource sans croix n'est que toute froidure,
Mon corps en est, de dueil, plain de laidure,
Et faict mon cueur et mes yeux esblouyr,
D'ung tel ennuy.
Nul ne m'en croit, supposé que j'en jure ;
Contraint je suis d'endurer s'on m'injure ;
Et qui pis est, on ne me veult ouyr.
Voyant cecy, j'ayme mieulx m'enfouyr
Que me monstrer, en povreté, parjure
D'ung tel ennuy.
Vincent Voiture - (Rondeaux)
Ou vous savez tromper bien finement, Ou vous m’aimez assez fidèlement, Lequel des deux je ne le saurais dire ; Mais cependant je pleure et je soupire, Et
ne reçois aucun soulagement.
Pour votre amour j’ai quitté franchement Ce que j’avais acquis bien sûrement ; Car on m’aimait et j’avais quelque
empire Où vous savez.
Je n’attends pas tout le contentement Qu’on peut donner aux peines d’un amant, Et qui pourrait me tirer de
martyre. À si grand bien mon courage n’aspire ; Mais laissez-moi vous toucher seulement Où vous savez.
---
Tout beau corps, toute belle image,
Sont grossiers auprès du visage
Que Philis a receu des Cieux.
Sa bouche, son ris, & ses yeux,
Mettent tous les coeurs au pillage.
Sa gorge est un divin ouvrage,
Rien n'est si droit que son corsage
Enfin elle a, pour dire mieux,
Tout beau.
Parmy tout ce qui plus m'engage,
Est un certain petit passage,
Qui vermeil et delicieux :
Mais ce secret est pour les Dieux,
Ma plume, changeons de langage :
Tout beau.
Clément Marot - Rondeau parfaict A ses Amys après sa délivrance.
En liberté maintenant me pourmaine,
Mais en prison pourtant ie fuz cloué:
Voyla comment fortune me demaine.
C'est bien, & mal. Dieu soit du tout loué.
Les Envieux ont dit que, de Noué,
N'en sortiroys: que la Mort les emmaine.
Maulgré leurs denz le nœud est desnoué:
En liberté maintenant me pourmaine.
Pourtant, si i'ay fasché la Court Rommaine,
Entre meschans ne fuz oncq alloué:
Des bien famez i'ay hanté le dommaine,
Mais en prison pourtant ie fuz cloué.
Car aussi tost que fuz desadvoué
De celle la qui me fut tant humaine,
Bien tost après à sainct Pris fuz voué:
Voyla comment fortune me demaine.
J'eus à Paris prison fort inhumaine:
A Chartres fuz doulcement encloué:
Maintenant voys, ou mon plaisir me maine.
C'est bien, & mal. Dieu soit du tout loué.
Au fort, Amys, c'est à vous bien ioué,
Quand vostre main hors du parc me ramaine.
Escript, & faict d'ung cueur bien enioué,
Le premier iour de la verte sepmaine,
En liberté.
V - Ceci n'est pas un rondeau
Nous regroupons ici un certain nombre d'irrégularités en regard des formes canoniques vues ci-dessus.
Emile Nelligan - Rondel à ma pipe
rimes de la deuxième strophe inversées BA[A][B] au lieu de AB[A][B]
rimes de la dernière strophe inversées BAAB[A] au lieu de ABBA[A]
Les pieds sur les chenets de fer
Devant un bock, ma bonne pipe,
Selon notre amical principe
Rêvons à deux, ce soir d'hiver.
Puisque le ciel me prend en grippe
(N'ai-je pourtant assez souffert ?)
Les pieds sur les chenets de fer
Devant un bock, rêvons, ma pipe.
Preste, la mort que j'anticipe
Va me tirer de cet enfer
Pour celui du vieux Lucifer ;
Soit ! nous fumons chez ce type,
Les pieds sur les chenets de fer.
Emile Nelligan - Potiche
rondel en alexandrins
rimes de la dernière strophes inversées BAAB[A] au lieu de ABBA[A]
premier vers refrain modifié à sa reprise en tout dernier vers
C'est un vase d'Egypte à riche ciselure,
Où sont peints des sphinx bleus et des lions ambrés:
De profil on y voit, souple, les reins cambrés,
Une immobile Isis tordant sa chevelure.
Flamblantes, des nefs d'or se glissent sans voilure
Sur une eau d'argent plane aux tons de ciel marbrés:
C'est un vase d'Egypte à riche ciselure
Où sont peints des sphinx bleus et des lions ambrés.
Mon âme est une potiche où pleurent, dédorés,
De vieux espoirs mal peints sur sa fausse moulure;
Aussi j'en souffre en moi comme d'une brûlure,
Mais le trépas bientôt les aura tous sabrés ...
Car ma vie est un vase à pauvre ciselure.
Charles Cros - Le Collier de Griffes - Triolets fantaisistes
La structure de la deuxième moitrié de strophe est inversée, en particulier les deux vers refrains sont inversés [A][B]A[A]BA[B][A] au lieu de [A][B]A[A]AB[A][B]
à la dernière strophe, dernier vers modifié par rapport au premier
Au moins Cros a-t-il prévenu de ses libertés prises avec la forme dans le titre !
Sidonie a plus d'un amant,
C'est une chose bien connue
Qu'elle avoue, elle, fièrement.
Sidonie a plus d'un amant
Parce que, pour elle, être nue
Est son plus charmant vêtement.
C'est une chose bien connue,
Sidonie a plus d'un amant.
Elle en prend à ses cheveux blonds
Comme, à sa toile, l'araignée
Prend les mouches et les frelons.
Elle en prend à ses cheveux blonds.
Vers sa prunelle ensoleillée
Ils volent, pauvres papillons.
Comme, à sa toile, l'araignée
Elle en prend à ses cheveux blonds.
Elle en attrape avec les dents
Quand le rire entr'ouvre sa bouche
Et dévore les imprudents.
Elle en attrape avec les dents.
Sa bouche, quand elle se couche,
Reste rose et ses dents dedans.
Quand le rire entr'ouvre sa bouche
Elle en attrape avec les dents.
Elle les mène par le nez,
Comme fait, dit-on, le crotale
Des oiseaux qu'il a fascinés.
Elle les mène par le nez.
Quand dans une moue elle étale
Sa langue à leurs yeux étonnés,
Comme fait, dit-on, le crotale
Elle les mène par le nez.
Sidonie a plus d'un amant,
Qu'on le lui reproche ou l'en loue
Elle s'en moque également.
Sidonie a plus d'un amant.
Aussi, jusqu'à ce qu'on la cloue
Au sapin de l'enterrement,
Qu'on le lui reproche ou l'en loue,
Sidoine aura plus d'un amant.
Tristan Corbière - Les Amours jaunes - Rondels pour après - Rondel
Décasyllabes à coupe 5//5
refrain incomplet et inversion des rimes dans la deuxième strophe BA[A] au lieu de AB[A][B]
refrain d'un seul vers dans la deuxième strophe
Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles !
Il n'est plus de nuits, il n'est plus de jours ;
Dors... en attendant venir toutes celles
Qui disaient : Jamais ! Qui disaient : Toujours !
Entends-tu leurs pas ?... Ils ne sont pas lourds :
Oh ! les pieds légers ! – l'Amour a des ailes...
Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles !
Entends-tu leurs voix ?... Les caveaux sont sourds.
Dors : Il pèse peu, ton faix d'immortelles :
Ils ne viendront pas, tes amis les ours,
Jeter leur pavé sur tes demoiselles...
Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles !
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